_Innachevés-Dépotoire_

12-06-2012 à 11:13:41
-Nous avons tous notre vice de gourmandise, vous ne pensez pas ? Je suis certain que vous me comprenez monsieur O'Connor. Votre embonpoint en témoigne : vous être gourmand. Comme moi. Alors pourquoi ce dédain, ce dégoût sur votre visage ? Voyons. Vous n'êtes pas mieux placer que moi. Vous ne pouvez pas vous permettre ce regard. Vous ne valez pas un pareil mépris.
Il ne cilla pas. Malgré son double menton et son crâne dégarni pas une calvitie affamée, Berach O'Connor restait un homme imposant. Il était doté d'une patiente proverbiale, qui lui valait de mener la plupart des interrogatoires de son service. Imperturbable, presque inhumain de volonté ; il faisait face à son nouveau défis sans faillir. Ses yeux gris détaillaient le visage du jeune homme avec une lenteur calculée à la seconde près. Six pour chaque parcelle de sa face livide. De son front lisse et blanc à ses prunelles noires. La courbe brisée de son nez fracturé, qu'encadraient des joues creuses et des cernes grises. Ses lèvres blafardes dont les pâles commissures se relevaient en un sourire narquois, surmontaient un menton gracieusement incurvé, presque enroulé en une improbable spirale. Son visage émacié, posé avec toute la vénusté du monde sur un cou trop long. Ses épaules larges et squelettiques amortissaient l'écoulement serein de sa sombre chevelure. Ses mèches huileuses, kyrielle de coulures d'encre noire, encadraient ses traits éthérés comme pour les mettre en valeur. C'était un fantôme. Il n'était plus humain.
Berach remonta vers son visage. Il souriait toujours.
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12-06-2012 à 11:14:03
L’eau chantante emplissait des oreilles ensanglantées.
Elle fredonnait une mélopée funèbre pour l’agonisante plaquée au sol. Mais, sa mélodie résonnait comme une suite de moqueries aux oreilles de la mourante.
Pourquoi ne les avait-elle pas écoutées ? Il avait suffit d’un regard, un regard et tout avait été perdu….. Un regard qui l’avait menée promptement, à sa perte. Ce jour de printemps, ce jour éclatant, en ces
temps détonants, dans un champ fleurissant ; elle était morte. Couchée sur le sol, le regard perdu dans les royaumes éoliens, elle attendait d’être aspirée dans les contrées chtoniennes. Trois femmes vêtues de noir dansaient autour de son corps, joignant leurs voix à celle de l’eau. Mains levées, pieds voletant au dessus de l’herbe d’émeraude, et des fleurs éclatantes. Leurs cheveux d’ébène volaient derrières elles, au rythme de leur danse lente et gracieuse. Des peaux de perle reflétant les rayons dardés du soleil irisé, six yeux d’un noir sinistres braqués sur la jeune femme allongée. Elle se remémorait cette journée, maintenant si regrettée….. Car désormais, le temps des pleurs était révolu : Une nouvelle vérité la faisait renaître dans la douleur.

Elle s’était réveillée, confortablement roulée dans la paille. Anéla avait soupirée d’aise, puis s’était recroqueviller dans son douillet cocon. Un peu de poussière volait dans la pièce, dansant dans l’air, sous les rayons du soleil, quelques oiseaux chantaient gaiement, il faisait une chaleur douce…..Le printemps était présent dans toute sa splendeur, magnifiant les champs de ses teintes éclatantes. C’était une saison aimé de tous, une saison de joie, une saison de rire. Bien sûr, ils n’arrêtaient pas de travailler pour autant, mais le temps chaud, les splendides couleurs qui parsemaient le paysage, et le ciel d’azur où se pourchassaient les oiseaux, invitaient la bonne humeur. La jeune femme était restée un instant encore, lovée dans la paille. Les brins lui chatouillaient les narines, mais sa robe empêchait le reste d’aller se perdre dans les autres recoins de son corps. Anéla aurait pus restée ainsi toute sa vie, un jour de printemps, couchée dans la grange, l’esprit encore enveloppé de la douce chaleur des rêves…..
Mais elle se reprit.
La jeune femme s’était étirée, en lâchant un bâillement sonore, avait époussetée sa robe blanche du plat de ses mains, puis avait enjambée le tas de paille. Elle était passée devant le box de l’étalon de son père, lui avait frotté l’arrière train en riant sous son coup de queue indigné, puis avait quittée la grange, sourire aux lèvres.
Son regard s’était porté sur le ciel azuré, parcourut de nuages à la dérive. Les hauts pins obstruaient en partie sa vue, mais à travers les branchages et feuilles vertes ; Anéla distinguait le soleil, cette boule de feu qui illuminait sa vie. Comme ma famille, avait elle songée. C’était ses soleils à elle. Eux, n’éclairaient que son monde, pas le reste du village, ou la forêt. Bien sûr, ils n’avaient pas cet éclat irisé, mais leur joie, étaient les plus beaux rayons qu’elles avaient jamais vus. Des rayons spectraux qui s’élançaient vers elle, et l’enserraient dans une étreinte brulante, rassurante. C’était ça la famille. Du moins, ça famille.

- Secoue-toi An’ ! L’avait interpelée son père, depuis le pas de la porte.
Elle s’était tourné vers lui, et avait sourie, comme toujours. L’image de son père lui arrachait toujours un sourire. Il avait une apparence qui se calquait sur sa personnalité, à la perfection. Un grand homme, battit comme une montagne, des cheveux noir coupés courts. Il avait des sourcils naturellement froncés, qui lui donnait un air sévère, mais des yeux bleu doux, dont elle avait héritée. Malgré son visage dur, un sourire perçait toujours sa barbe broussailleuse, finissant de le transformer en géant bienveillant. C’était un homme strict, mais conciliant, compréhensif, toujours à l’écoute de ceux qui l’entourait.

-J’y vais Papa ! Lui avait-elle lancée.

-Dépêche toi, et va te brossée ! Tu as les cheveux pleins de paille !

Anéla avait portée une main à ses cheveux noirs en bataille, et avait touché, en effet de la paille rêche. Du rose lui était monté aux joues. Et dire qu’elle avait faillit allée au village ainsi ! De quoi aurait elle eut l’air ? D’un épouvantail faisant les courses pensa-t-elle. Un épouvantail marchant avec un panier plein de denrées…..Ah, elles ne se seraient pas gênées pour me le faire remarquer, ces mégères du stand de poisson. Toujours à furetée autour de la forêt, habillée en noir, comme en deuil éternel…..Avec leurs chignons gris, leurs yeux sombres, leurs petites mains crochues, elles me font peurs. Je n’ose pas leur répondre à chaque fois. C’est toujours la même chose, elles me traitent de pouilleuse, de paysanne, de cochon géant…..Tout y passe ! J’ai un gros nez, des gros sourcils, des lèvres trop pleines, je ne prends pas soin de mes cheveux…..Ah, elles m’énervent ! Chaque fois, je les crois. C’est comme si, ce qu’elles me disaient entraient dans mon crâne, pour noyer tout le reste, ne laisser que le négatif…..Ce ne sont que des vieilles sorcières de toute manière.
Elle s’était arrêter sur le pas de la porte, avait jeté un regard à son père. Il entrait dans la forêt qui bordait le village, hache sur le dos. Cette forêt, était, disait on, dangereuse. Les bucherons étaient respecter pour leur travail, car ils devaient y entrer pour couper les arbres, nécessaires pour se chauffer l’hiver. Même son père avait peur de la sylve obscure…..Il disait que des ombres filaient dans le sous bois ; qu’entrer sur le sentier, c’était s’engager sur chemin un périlleux.

-Car c’est là que les démons passent, pour venir dans notre monde. Ils sortent de la forêt par le sentier, puis entraînent les hommes inconscients dans leur antre. Grognait-il.

-Mais c’est vraiment vrais papa ? Lui demandait-elle, fasciner, du haut de ses six ans. Il y’a vraiment un autre monde au bout du sentier ?

-Oui ma fille. Un monde dangereux, remplies de créatures du monde souterrain.

-Waw !

-Pas waw ! Tonait-il. C’est un endroit dangereux, de mort et de corruption ! Ne t’approche jamais du sentier, et ne pense même pas t’y engager !

-Oui papa. Répondait-elle, tête baissée.
Mais en réalité, elle y pensait encore. Toujours, avant de s’endormir, même maintenant, à seize ans. C’était si excitant ! De penser qu’un autre monde pouvait exister…..Que les Dieux avaient créés quelque chose d’autre. De plus grand ? De plus beau ? Elle ne savait pas. Mais un jour, elle réussirait ; et pourrait emprunter le sentier. Ce sera moins monotone qu’ici pensait-elle.
Rien que l’idée de s’engager sur le chemin de terre battu qui serpentait dans la forêt, l’enivrait. Quand son esprit se tournait vers cette possibilité d’un autre monde, un gout de liberté emplissait sa bouche, ses pensées se faisaient audacieuses, des paysages s’échafaudaient devant ses yeux, se construisant seul dans une panache de couleurs.....Puis sa conscience s’invitait, balayait tout ce qui se référait au sentier, l’enfermait dans un placard, bien loin au fond de son crâne. Alors les pensées devaient attendre que la tortionnaire s’endorme, et elles ressortaient discrètement. Anéla se précipitait vers elles, et montait sur le dos de colombes géantes, pour s’envolée au dessus de l’océan. La jeune femme ne savait pas à quoi il ressemblait, mais l’image que lui transmettaient les textes était magnifique : Une eau claire comme celle des ruisseaux, étendue sur mille fois plus de distance, plus large et longue que celle d’une forêt. Des légendes merveilleuses, des mystères insondables, cent vallées et montagnes sous-marines parcourues de reflets malicieux…..Le fait de penser à toutes les louanges déversées à la mer, de s’imaginer survolant celle-ci, les bras tendus vers les nuages de coton, l’emplissait du même sentiment étrange que celui qu’elle ressentait, en s’imaginant marchant sur le sentier : Un mélange d’exubérance, d’attirance…..Et de peine. Quelque chose étreignait le cœur qui palpitait dans sa poitrine, l’empêchant de bouger, de marcher vers ses rêves. Au fond de son être, elle savait que l’océan, autant que l’autre monde, lui étaient inaccessibles. Tous deux étaient hors de sa porté…..Certes, l’un était proche, mais malgré tous, elle ne pourrait jamais y accéder. C’était un chemin qui lui était interdit. Sa place était au village, là où elle était née, seize ans auparavant. De plus, elle était désormais une femme. Ses premiers saignements étaient apparut déjà trois ans auparavant, les rêveries n’étaient plus pour elle.
Alors, voilà pourquoi Anéla, ne laissait les pensées sortir du placard que la nuit. Là, tout le monde rêvaient. A ce moment ci, elle pouvait se permettre d’avoir des désirs autres que celui de rester au village. Elle avait le droit de s’imaginer, survolant les océans sur le dos d’oiseaux géants, le droit de partir sur le sentier en courant, de visiter un monde inconnu, d’hurler face au ciel sa joie d’être libre.
Le droit de rêver.
Pas de restriction, sa seule limite, était celle du sommeille
Alors, elle s’en contentait. Elle n’avait pas le choix.


La brosse passa une dernière fois dans ses cheveux, finissant d’en arrachée les brins de pailles.
La jeune femme s’observa dans l’eau, et perdit son sourire.
Elle se trouvait laide.
Anéla soupira, rejeta ses cheveux noirs en arrière, attrapa le seau, et le déversa à côté de la porte. Elle fila dans la chaumière, passa près de la table de bois en y saisissant un bout de pain, puis s’arrêta devant le mur auquel était accroché le panier. Elle se redressa, tendit le bras, et l’attrapa, avant de faire demie tour, pour retraverser le salon. La jeune femme sortit de la chaumière, en jetant un regard à la forêt. Le sentier l’invitait à se faufiler entre les pins. Il serpentait partout dans la grande sylve, trouvant chaque fois le chemin des habitations. C’était comme ci il s’agrandissait pour suivre les hommes qui vivaient près de la forêt….. Pour les tentés, et les perdre. Du moins, c’est ce que disait la légende.
Elle parlait également d’un exil, de démons dansants, d’étoiles d’argents, des trois sœurs du malin qui prévenaient les inconscients, et d’autres créatures et mystères qui faisaient décollés l’imagination d’Anèle, comme si elle prenait son envol pour le paradis. Bien que le sentier soit sensé conduire à un monde de flammes corruptrices, de lutins traqueurs de chairs, et d’arbres suceurs de sang…. C’était un univers de fantasmes qui étalait une beauté divine, mais conduisait à une fin horrible.
Quel contraste !
La jeune femme s’arracha à la contemplation du sentier et fourra le morceau de pain dans sa bouche. Elle se tourna vers l’est, là où était niché le village, dans son écrin de roc triangulaire. L’on racontait que les montagnes étaient nées de trois femmes, enlevées par des démons qui avaient quittés l’enfer, pour souillés des vierges avant leur mariage. Ils avaient trouvés leurs proies, dans des pays reculés, en l’Orient lointain, et étaient revenus vers le sentier. Seulement, c’étais trois princesses qui avaient été enlevés. Leurs pères sachant que leurs filles seraient violées, pour données naissances à des démons, prièrent le ciel d’empêcher les créatures de l’enfer d’arrivées à leur fin. C’était alors que les trois kidnappeurs arrivaient à la frontière des terres du Nord, que les femmes commencèrent à se changée en pierre. Ne voulant pas cédés leurs proies, les démons trainèrent les princesses à travers le pays ; mais arrivés à l’emplacement du village, elles finirent de devenirs des statues, et les créatures retournèrent en enfer, ayant échouées. Pour honorer la mémoire des trois princesses, les anges changèrent les statues en montagnes, et les baptisèrent de leurs noms : Antma, Gardin et Solta. Alors attirés par se miracle, un peuple nomade c’était installé au creux de la trinité divine, pour y construire un village.
Anéla avait toujours trouvée cette légende stupide.
Pourquoi des démons viendraient ils cherchés des humains, pour s’accouplés avec eux ? Pourquoi auraient ils enlevés des princesses, alors que prendre entre leurs griffes des paysannes, aurait été si simple ? Pourquoi, simplement, quitter un monde merveilleux, pour une humanité si morne ? Pourquoi en vouloir autant aux humains ?
12-06-2012 à 11:14:15
Je ne sais pas vraiment si vous pouvez me croire ou pas. Peut être ne suis-je qu'un fou, un pauvre adolescent dont le cerveau malade à décidé de s'emparer de ses yeux, pour en faire deux fenêtres sur un monde d'illusions.
Quand j'y repense, je ne peux m'empêcher de me dire que, toute ma vie, je n'ai vu que des images erronées. Ça ne vous ais jamais arrivé ? D'apercevoir quelque chose du coin de l'œil, un mouvement, ou une forme étrange... L'air qui ondule, ou comme un sourire, là, à la limite de votre vision, deux orbes brillantes enfoncées dans un visage blafard... ? Non ? Jamais ? Pas même une sensation dérangeante, ce sentiment qui vous donnes l'impression d'être observé, épié par quelque chose de mauvais, qui profite de votre dos tourné ou des vos yeux fermés, pour rire de la peur qu'il vous inspire, même si vous ne le voyez pas ? Puis de se retourner, et de ne découvrir qu'un vide sordide... Le malaise au fond du ventre, les entrailles qui se tordent et remuent. Les pensées qui prennent une tournure macabre.
On quitte alors la pièce, vaincue par la peur qui a saisit nos tripes.
Moi, ça a toujours été comme ça. Depuis ma plus tendre enfance. Quand j'étais à l'école, je racontais à mes camardes qu'il y'avait des personnes seules dans la cours, qui rasaient les murs en nous fixant d'un air triste. Ils avaient peur. Moi aussi. Mais il fallait que je partage mon malaise : Parce qu’ils étaient tous là, dans les recoins, les ombres, à rire et à se moquer, ou a envier nos cœurs qui battaient encore la chanson de la vie. Eux, ils n'avaient plus rien. Ils pouvaient juste errés.
Du moins, c'est ce que je croyais...
Voyez-vous, quand j'ai compris que parler des choses que je voyais m'attirait des ennuis, j'ai décidé de garder mes visions pour moi. Tans pis. Il n'y aurait plus que mes nuits à moi, qui seraient hantées par d'affreux cauchemars. S'était peut être mieux ainsi. Il devait y'avoir une raison, pour que je sois le seul à voir ces choses... Peut être devais-je expier la faute d'un de mes ancêtres ? Peut être, dans une vie antérieur, avais-je commis une faute qui me valait désormais cette punition ? Ou alors, c'était seulement le destin, qui avait jeté sa cruelle fatalité sur moi. Il voulait que je souffre. Il fallait qu'il y'ait quelqu'un pour souffrir, voilà. Et c'était moi. Alors je ne devais pas partager ma douleur, et la garder à l'intérieur, sans en faire part aux autres.
Vous savez, j'ai survécus longtemps, comme ça, sans rien dire à personne. C'était difficile. Mais pas intenable. Juste…Oui, très difficile.
Mais maintenant, je n’en peux plus. Ils sont devenus dangereux ; ceux qui marchent dans l’ombre. Dans nos ombres. La dernière fois l’a prouvé : ils ne sont pas inoffensifs. Ils me veulent du mal… Ils ont essayé de me tuer. Et même maintenant, dans la chambre d’hôpital, j’ai peur.
12-06-2012 à 11:14:30
Le haut plateau rocheux était balayé par un vent glacial. Son herbe rase ondulait frénétiquement, comme prise d’une envie de danser.
Il s’étendait jusqu’aux limites de l’horizon, mais pas réellement plus loin. Ce n’était que le sommet plat d’une montagne, qu’un duvet de verdure tentait vaillamment de couvrir. Quelques arbustes tordus ou rabougris y poussaient tout de même, luttant contre le ciel qui lui envoyait ses assauts venteux. C’était une bataille perpétuelle entre la terre et les cieux, qui tout deux cherchaient inlassablement à imposer leur présence sur le plateau. En apparence rien ne semblait changer. Mais avec une lenteur semblable à celle de l’érosion, la végétation prenait du terrain, allant jusqu’à utiliser son éternel rival pour se transporter sur des longues distances : quelques fleurs aux désirs de conquête, lâchaient bravement graines et pollen aux bourrasques célestes. Avec le temps, au fil des ans, le haut plateau commença donc à receler maints petits lieux enchanteurs, qui offraient de délicates visions au milieu de l’étendue rocheuse, à la fois également terreuse et sableuse. La beauté de ces oasis éphémères, qui ne duraient que le temps d’une saison jusqu’à la prochaine année, n’avait cependant que peu de yeux pour l’admirer. En effet, la montagne était abrupte, son climat rude, et une certaine sécheresse se faisait sentir sur le plateau. Les hommes préféraient donc s’installer dans ses alentours, au milieu de ses vallées verdoyantes aux bois giboyeux, près de ruisseaux chantants, ou même au pied du pic, contre les hautes parois. Ainsi, les lieux restaient-ils désertiques- ou presque.
Quelques personnes s’accrochaient sur le plateau, comme la verdure à la roche. Un petit village, perché au dessus du vide sur une large corniche, abritait en son sein –branlant, biscornu et aride- quelques familles irréductibles, dont les ancêtres avaient résolument décidés de s’installer sur le plateau. Elles n’étaient pas nombreuses, sept, mais toute comptaient moult enfants. Au moins quatre par couple, et trois, si ce n’était quatre générations s’y côtoyaient quotidiennement. Malgré la vie rude qu’ils y menaient, aucun ne pensait à laisser le village derrière lui. Ils savaient appréciés le vent froid, la neige glaciale des hivers et la roche brulante en été ; la végétation clairsemée et l’étendue si plate. Le plateau leur appartenait, à eux seuls qui osaient l’habiter, et ils en tiraient une incontestable fierté. C’était après tout un défi constant que d’y vivre. Ni l’eau ni la nourriture n’y était abondante, le gibier restait rare, tout comme les plantes, et aucun médecin ne se trouvait plus près que dans les vallées en contrebas. La moindre maladie pouvait donner lieu à un drame. Mais surtout, l’isolement avait mené à une situation délicate : la consanguinité et la peur de l’inconnue. Ces deux problèmes restaient sans solution, car les habitants de plateau ne daignaient pas le quitter, et leurs contacts avec le reste des montagnes restaient rares, tendus ; voir même loin d’être cordiales. Peu s’en était fallut que des batailles éclatent. Cependant, les sujets de querelles étaient parfois si grotesques, qu’ils finissaient souvent par se désamorcer avec le temps. La vie reprenait donc son cours, et une haine tenace des « Basses Terres » s’installait doucement dans le village- aussi injustifiée soit-elle. Mais ce n’était finalement qu’une rancœur silencieuse et paresseuse. Son indolence amenuisait sa portée.
Mais un jour, un changement vint troubler cette paix relative. Une arrivée sur le haut plateau… Tout tenait en un nom. Et en une femme.

Elle vint par jour pluvieux. Le ciel était gris, les nuages éventrés par des fuites diluviennes, et le soleil s’était réduit à une pâle lueur, caché par l’orage.
La roche glissante faisait luire ses arrêtes, comme autant de lames pierreuses qui n’attendaient qu’une chair tendre à déchiquetée. Le haut plateau semblait avide de sang. Il réclamait celui de l’intruse, de l’arrivante des basses terres, qui osait s’engager sur les territoires de la communauté qu’il avait pris en affection. Plus d’une fois, elle tomba. Ses genoux s’ouvrirent sur la pierre, son corps se tuméfia contre le sol, et bientôt, sa démarche se fit titubante. Elle avançait en haletant, ruisselante d’eau glacée, des larmes acides se mêlant à l’averse sur son visage. Elle était prête à tomber, prête à se laisser transpercer par la roche, ensanglantée par le plateau assoiffé de mort, prête à faillir. Elle chancela durant son errance, manqua de chuter pour ne plus se relever. Seul un instinct primaire retenait ses jambes, un fil de fer jaillit de ses entrailles, qui enserrait ses muscles pour les maintenir en place, s’entortillait sous sa peau pour qu’elle puisse continuer d’avancer.
12-06-2012 à 11:14:42
La Plume de sang.

Les ombres m’emportent dans une ronde infernale. Le monde se fait ténèbres mouvantes, ténèbres qui tournent et m’enferment dans leur cercle. La danse est lente. Je m’y perds. Ais-je le choix ? Point de liberté : La Plume a scellée mon destin. Elle était plus qu’elle n’en laissait paraître. Bien plus. Tellement plus que je ne pourrais pas vous contez toute mon histoire. Je vois les ombres qui s’impatientent. Je vois les gestes indolents qui se font plus rapides. Je n’ai plus le temps pour des plaintes. Ne posez pas de questions. Ecoutez. Je ne vous demande pas plus. Cela vous-vas t’il ? Laissez-moi en paix si ce n’est point le cas. Je n’ai pas le temps pour vos jérémiades aussi.

Bien. Ceux qui attendent encore devant moi, sont donc mes élus… Je compte sur vous pour retranscrire mon histoire, une fois réveillez. Gardez une main légère. Cela vous viendra seul. Vous serez les calices de mes mots. L’un de vous sera peut être reconnu pour mon histoire, mais les autres pas. La vie est ingrate et cruelle. C’est un fait. Ne l’oubliez pas, même une fois sortit du monde des rêves. Gardez le en tête, car il vous faudra un grand courage pour ne pas vous tuez : La Plume va vous tourmenter. C’est là son unique but. Elle a besoin d’une nouvelle source. En découvrant son secret, vous deviendrez candidat. Alors, plus aucune pitié ne saura à attendre de la part du monde. Vous allez être haïs. De tous. Cela ne s’arrêtera qu’une fois toute mon histoire couchée sur papier. Et bien sûr, il ne vous suffira pas d’utilisez un ordinateur. Non. Taper sur des touches serait trop simple. Il va falloir l’utiliser, Elle. C’est le seul moyen. Il faut que vous écriviez un livre avec cette Plume. Sinon, elle ne laissera jamais aucun auteur en paix.

Je vois que tu es seul désormais. Les autres s’en sont allé. Ils ne veulent pas se risquer à entendre mon histoire… Et toi ? Es-tu fou, noble ou stupide ? Je ne crois pas en l’altruisme. Plus maintenant.
Mais je n’ai cure de tes motivations. Tu ne m’intéresses pas. Tu dois simplement me servir de calice. Tu seras le porteur de mes tortures. Ne me crois pas à plaindre, car je suis cruel et égoïste. Le fait de te confier cette histoire le prouve. Déteste-moi comme si je t’avais frappé. Ce que je vais faire est bien pire.
Je vais te conter les cent tourments de la Plume de sang.
12-06-2012 à 11:14:56
La dance virevoltante de ses ailes sur le velours de la nuit, origami chamarré qui se froisse et renaît pour le porter dans les ombres. La lumière de l'aube qui précède son soleil géniteur, portée sur le dos d'un artisan des nouveaux jours. Les ténèbres contrariés se gondolent puis s'aplatissent en sifflant, se terrent sous les choses avec la crainte des bêtes traquées. Pas de chasseur, pourtant.
Mais un papillon qui danse dans l'air hivernale, dans cette nuit trop tôt tombée, puis trop tard renvoyée à la face obscure du monde.
12-06-2012 à 11:15:14
Je suis trop con. Ça fait du bien.
Je me suis réveillé ce matin en me disant que je me sentais serein. Pas de stress. J'envisageais une bonne journée. Il faisait un peu frai, mais sans plus. Depuis la surface, les oiseaux se parlaient en chantant les uns pour les autres. Le monde entier semblait brailler : "Smiiiiiiile !". Bref, un petit bonheur stupide au réveil. C'était cool de ne pas penser à la mort qui rôdait un peu partout autour, de ne pas se dire que j'étais toujours en vie mais que je devais faire attention à mon alliée provisoire, et surtout, de ne pas envisager tout de suite de devoir bientôt crever les autres tributs pour retourner dans mon cher district.
Et puis. Je me suis souvenu d'hier soir. Du long déballage de ma vie que j'ai jeté en pâture à Miss Clone... A Rilée. Je connais même son putain de nom maintenant. Je connais tout. Absolument tout ce qu'elle a daignée m'offrir dans son infinie fourberie. Si au moins je pouvais la détester pour ça... Mais non, même pas. J'arrive pas à m'y résoudre. Elle a eu plus de chance que pour moi pourtant ; elle a des frères, une soeur, une mère... J'ai pas eu le droit à tout ça, moi. C'est une privilégiée comparé à ce pauvre efflanqué d’orphelin de Lémoné Orion. Si j'avais pas eu mes Japanes... Si j'avais pas erré après que ma connasse de mère se soit pendue... Si j'étais rester à chialer sous son corps qui se balançait... Personne ne serait venu me chercher. Un de plus au Foyer Communal, un de moins ? Quelle importance ? Je ne valais rien du tout. Il a fallut que je sorte moi même, que j'aille me perde dans les rues, et que j'ai cette putain de chance, cette chance incroyable qu'on vous crache à la gueule au moins une fois dans votre vie, pour être recueilli. C'était pas L'Eden, sûr. Quand je suis arrivé, ça puait déjà ; je crois que ça a toujours puer. La grande salle était imprégnée de son éternelle odeur de sueur et de pierre sèche. Je pourrais pas vraiment dire ce que sent de la poussière, mais elle emplissait l'air de son haleine ancienne, déposant sur les murs un relent âcre de vieux tombeau. Les murs, le sol, le plafond, étaient pourtant en béton. Un béton froid, impersonnel, qui me glaçait la plante des pieds, comme pour me dire que je n'étais pas à ma place, qu'il ne voulait pas de moi et que je n'avais rien à faire là, à lui marcher dessus. Pourtant, ce n'est pas ça qui m'a gêné à mon arrivée. Ni les murs sales, ni le plafond gris, les murs gris, le sol granuleux- gris aussi. Ce qui m'a choqué, c'est cette foule. Hurlante, énorme, houleuse. Tout ces visages souriants et tristes, ces yeux brillants ou vides, ces corps gras ou maigres, ces pleurs, ces rires, ces jeux dans les coins de la pièce. Des gosses partout. Partout. J'avais l'impression d'être jeter à l'intérieur d'une casserole dans laquelle on faisait sauter des lardons carbonisés. C'était un chaos différent de celui auquel j'étais familier ; celui-là me disait qu'il était hostile à mon silence. C'était quoi tout ça ? Ces voix innombrables qui me labouraient l'intérieur du crâne ? Je ne connaissait rien de tout ceux bouts de gras brûlés qu'on entassait là pour les faire frire.
Je venais de quitter ma rue, la demi-ruine qui m'avait servie approximativement de foyer pendant huit ans, les visages connus des voisins- qui ne m'appréciaient pas de toute façon. Mais surtout, je l'avais quitté elle. Mon seul repaire stable, méprisé, déjà, détesté. Cette salope. Elle avait passé autour de son cou son dernier bijoux, un beau collier de chanvre assorti à ses cheveux de paille. Et pour ça, pour son corps qui se balançait mollement, privé de volonté, soumis au vent, au mouvement de la terre ; simplement pour ça, je me suis barré. Pas parce-que sa mort me faisait de la peine, ça ne changeait rien. Elle était déjà morte depuis longtemps. Ce n'avait rien été de plus qu'une sorte de créature pâle qui se mouvait, larmoyante, prête à s'effondrer au moindre frôlement. Elle s'appuyait sur moi. M'enterait avec elle. Son suicide a peut être été la meilleur chose qui ai pu m'arriver. Sans elle, j'ai été forcé de partir, et de chercher une véritable tutelle. Bon. Je suis ingrat aussi avec le Foyer, mais j'emmerde à peu près toute forme d'autorité, alors on peut prendre ça comme une sorte de marque d'affection étrange.
En tout cas, je sais au moins pourquoi je tiens tellement à vivre maintenant, et pourquoi j'y tenais déjà, ce jour où je me suis retrouver devant cette foule d’orphelins dans laquelle je devais me perdre. Je sais pourquoi je ne peux pas m'empêcher de foncer dans le tas sans réfléchir. C'est encore... A cause d'elle. Cette connasse, cette salope, cette. Je sais pas. Je devrais sûrement lui être reconnaissant d'être morte pourtant. Oui. C'est sa faute -grâce ?- si j'ai ce putain d'instinct de survie qui me fait tenir debout aujourd'hui. Je pourrai m'effondrer comme elle l'a fait, choisir la facilité et attendre la mort, les lèvres tremblantes, en demandant à Miss clone de réussir pour moi, simplement parce-que j'ai pas la force de la tuer. C'est tentant. J'ai aucune envie de la trahir, ou de devoir bientôt lui voler la dernière chose qui lui reste ici. Sa vie.
Ouais, je pourrais m'effondrer pour ça. Je pense que c'est justifié. Si il n'y avait pas son souvenir pitoyable pour me détourner de ce choix, j'aurais déjà abdiqué. Mais il est là. Ce corps qui se balance. Cette défaite sur sa peine, sur le monde entier. Elle s'est faîte écrasée par le poids de son passé. Pour pouvoir continuer de la mépriser, je l'ai soulevé à bout de bras. Je l'ai jeté en arrière, là où devait être sa place. Puis j'ai chié dessus, simplement.
C'était pas difficile pourtant. Abandonné tout ça avec une colère accumulée au fil des ans. Bien sûr, j'étais jeune. J'aurais dû rester couché sous son corps et attendre que la corde craque. Qu'elle tombe sur moi et m'étouffe, morte, encore, comme je l'avais toujours connue. Qu'elle me fasse la rejoindre une bonne fois pour toute. On aurait peut être enfin partagé quelque chose, au fond. Heureusement pour moi que je n'avais de souvenir, que sa face délavée et morne, sa lâcheté. Rien ne me retenait, à part la peur d'un horizon plus vaste. J'ai surmonté. On m'a ramassé. Jeté avec les autres au Foyer Communal, pour que je devienne un lardon charbonneux.
Pour tout ça, je devrais la détester. Rilée a eut le droit à ce qui me faisait défaut. Une mère, des frères, un sœur ; sa famille. Elle avait la stabilité, la sûreté, des lendemains véritables, si ce n'était une seule fois par an, à l'occasion de la Moisson. Une journée de doute, pour toute ma vie incertaine. Il ne lui manquait qu'un père, là où je n'avais même pas un regard pour le rassurer. Alors... Je devrais l'envier. Être si jaloux de sa vie qu'il n'y aurait plus que l'envie de la tuer pour me faire tenir debout, par vengeance, par haine, pour la chance qui lui offert cette existence à demi-parfaite. Mais j'y arrive pas. Je peux pas lui en vouloir, alors que n'importe qui aurait essuyer une colère viscérale, à sa place. C'est anormal. Je voudrais la mépriser. Elle me fait entrer en conflit avec la seule personne dont j'ai toujours su que je pouvais lui faire confiance : moi. Elle me fait douter. Est-ce que ça en vaut la peine ? Sophia et Mélonan m'attendent, mais je ne suis peut être pas ce qu'il leur faut vraiment. Alors qu'elle, sait avec certitude que sa famille a besoin de sa présence. Son désir de survivre est... Légitime. Là où le moins relève de l'égoïsme. Survivre pour avoir le droit à une vraie vie ? Alors que Rilée, et d'autres encore, en ont déjà une, qui n'attend que leur retour ? C'est injuste. C'est comme si j'avais plus le droit de réussir. Comme si je devais simplement me sacrifier et la laisser rentrer chez elle, sans chercher à retrouver mon existence à moi.
Ce matin, quand je me suis réveillé, j'ai eu le droit à quelques instants de paix, avant que toutes ces pensées m'assaillent. J'ai pu profiter d'un moment d'inconscience. Puis une fois que je me suis souvenu de pourquoi je me sentais si bien, c'est revenu. Ces questionnements. Je lui ai tout dis. Tout ce que j'aurais cru ne jamais retourner chercher derrière moi, sur le chemin, là où je l'avais jeté. Et Panem entier a entendu. Qu'est-ce que ces abrutis du Capitole ont ressenti, en constatant à quoi menait leur existence privilégiée ? Bordel. Est-ce qu'ils ont fait le rapprochement au moins ? Est-ce qu'ils ont compris que si j'ai vécu tout ça, c'est par leur faute ? Ils sont tellement cons. Ils ont sûrement chialés, sans s'apercevoir que la faute leur en incombait. Quelques-fois, je n'arrive pas à les détester, tant ils sont stupides. Presque innocents, alors qu'ils nous regardent nous entretuer en encourageant leur favoris, comme on organiserait et prendrait plaisir à parier sur des bêtes dans un combat de chiens. Même eux, je ne sais plus si je dois les haïr ou pas. C'est difficile. Je m'attendais pas à ça. l'Arène, c'est juste des pièges, des tributs qui veulent vous tuer, et accessoirement, quelques difficultés psychologiques ; mais là c'est carrément de la torture. Pire. Je m'inflige ça tout seul. Comme un cinglé. C'est pourtant pas le moment d'avoir des scrupules- j'en ai jamais eu. Alors d'où je sors cette soudaine culpabilité d'être un connard à sec de sentiments altruistes ?
Depuis tout à l'heure, je ne pense qu'à ça. On marche dans la forêt, Miss clone- enfin, Rilée et moi. Sur un accord commun, nous avons quittés le terrier. Ça fait deux jours qu'on en profite, et les Juges n'aiment pas la tranquillité. Par peur qu'ils fassent s'effondrer le plafond sur nous, ou je sais pas, que les poissons se mettent à ramper par terre depuis le lac en devenant des sortes de limaces-singes mutantes carnivores avec des crocs de trois mètres. Enfin, des trucs comme ça quoi. Des coups tordus. C'est le dada des Juges, ils sont payés pour ça.
Le truc, c'est que cette perspective n'enchante aucun de nous deux. Alors on a abandonné ce repaire providentiel, en prenant chacun nos bâtons. Rilée porte son sac, dans lequel on a rangé l'Encyclopédie du monde végétal, et le livre sur la faune. Moi, je me trimbale une réserve de racines qui nous fera un repas pour aujourd'hui. J'ai enroulé le magazine sur les tributs et l'ai rangé dans une de mes poches. Bon. Il dépasse, mais c'est pas gênant.
On a abandonné la carte, parce-qu'aucun de nous n'a de notions suffisantes en mathématiques pour s'en servir. Je l'ai enterré prêt du terrier, pour qu'elle serve à personne. Au cas où. Même comme ça, je trouve qu'on est trop chargé ; mais c'est que le strict nécessaire, pourtant. C'est juste que j'aime pas marcher tranquillement au milieu de la forêt, là, comme si y'avait aucun danger qui nous guettait. J'aurais préférer courir... Et puis, c'est peut être mon imagination, mais j'ai l'impression d'entendre des explosions au loin. Très assourdies. J'ai une bonne ouïe. Mais je dois rêver... Puis, de toute façon, c'est loin, justement. Rien à voir avec moi et Miss Clone.
Ça me laisse le temps de penser. Encore. De retourner les mêmes questions en tout sens, comme on chercherai des poux sur le ventre d'un cabot. Mais là, c'est un gros cabot, et il a le poil noir. Je peux chercher encore longtemps, tient, je suis pas près de trouver des réponses ! Putain. La forêt me perturbe. Presque calme. Vaste. C'est plutôt facile d'avancer. Tant mieux. On en aura peut être besoin pour pourchasser un tribut.
...
Non. Enfaîte, je m'y fais toujours pas. C'est pourtant moi qui ai proposé ça à Rilée ; de partir en chasse. De chercher. "Des choses". C'était pas dit clairement, ok... Mais elle est pas stupide. Elle a compris tout de suite, et a hochée la tête. En silence. Sans relever. Est-ce qu'elle essaie de se préparer à tuer, en ce moment même ?
[cite]-On devrait visiter un peu.
Je sais que mon ton n'est pas convainquant, alors que j'essaie de parler gaiement. C'est stupide. On sait tout les deux ce que je sous-entend. Mais je me sens obliger d'en rajouter une couche, parce-qu'au fond, j'ai peur qu'elle soit trop innocente pour avoir compris.
On pourrait trouver... Des choses.[/cite]
Elle sursaute.
C'était tellement clair. Et tellement dégueulasse, dit comme ça. Des choses. On va les chasser. Les traquer. On va essayer de les tuer, bordel ; et on a intérêt à réussir. Et moi, pour amoindrir un peu tout ça, juste pour pas me dire que je vais devoir crever des humains, des gens de mon âge, je les traite de choses. Lémoné, t'as pas de couilles. Espèce de lâche. Regarde les choses en face et dit les à haute voix ! Hurles le, que tu vas leur fracasser le crâne avec ton bâton en bois mutant ! VAS-Y ! T'ATTENDS QUOI POUR LUI DIRE FRANCHEMENT ? T'ATTENDS QU'UN D'EUX GISE A TES PIEDS ? T'ATTENDS D'AVOIR LA SENSATION DE DEVOIR LA RASSURER ? Putain... C'est plus du tout flou dans ma tête, maintenant. Les abrutis du Capitole. Ce sont tous des pauvres enfoirés. Ils mériteraient d'être ici à notre place, tous, à devoir s'entretuer dans un gigantesque bain de sang. Dans leurs habits absurdes, avec leur visage déformés par la chirurgie... Ils passeraient pas la semaine. Ils oseraient pas se tuer, ils sauraient pas quoi faire. Ils mourraient tous, dans cet prison, fauchés par des pièges, par l’inattention, l'absurdité et leur connerie. Sans aucune connaissance, sans force... Ce serait tellement bon. J'aimerais être à leur place, une seule fois dans ma vie. Inverser nos rôles, en les envoyant ici, mais par millier, par centaine de millier ; toute la population du Capitole. Comment j'ai pu douter de ma haine ? Comment j'ai pu les pardonner ? En quoi être con peut devenir une excuse à la cruauté ?! On devrait se révolter, LE renverser... On pourrait, on pourrait le faire, on pourrait se réunir, on pourrait former une foule immense et marcher vers cette ville de merde, on pourrait saccager les rues et tous les frapper, les frapper jusqu'à... Je sais pas. On pourrait faire pleins de choses. Ils méritent notre vengeance. Une vraie vengeance, collective, destructrice ; et nous tous l'arme au poing ; et nous tous plein de hargne ; et nous tous inflexibles ; et. Ça se fera jamais. Hein ? On s'en débarrassera jamais. Il sera là pour toujours, éternel. C'est comme dans l'Odyssée : des créatures énormes, face à nous, minuscules. Mais on a pas de héros, pas de dieux pour nous aider. Juste des monstres qui nous prennent pour du gibier.
Et là, tout de suite, je suis pareil. Pas aussi puissant, pas aussi grand ; non, je suis une merde. Mais pas seulement. Je suis devenu un monstre semblable à ceux qui se délectent de note mort dans l'Arène. Je traque les autres. Je cherche du sang, et de la chair fraîche. Pour survivre... On retourne aux agissements primaires. Tuer, être tuer. On avait passer le cap, on était une "l'humanité". C'est fini.
Il y'a une seule chose que je ne regrette pas, depuis que je suis dans l'Arène : la réflexion. J'ai le temps de réfléchir. Et je pense, je pense comme ça m'était pas arrivé depuis longtemps. Je retrouve des justifications à ma vision du monde, je me retrouve moi. C'est tellement bon... Nouveau et délectable. J'ai l'impression de renaître spirituellement. De repêcher une partie de moi qu'avait coulée au fond d'un lac, et qui se serait enfoncée dans la boue. Presque perdue. Et puis, finalement, la voila qui...
S'arrête. Rilée s'assoie sur un tronc abattu, et me jette un regard las. Son ventre gronde, éclipsant n'importe quelle parole de son accent affamé. Un estomac creux ? Pour ça, j'ai la solution. La meilleur de toute ! DE LA BOUFFE. ( Ok, des racines, mais on fait pas la fine bouche quand on a faim, alors chut, hein. ) Et puis, c'et très bon le panais et les betteraves. Il nous reste même un peu de lapin cuit, d'hier. Il est froid, mais pas cru. J'imagine déjà que la texture doit être très louche, mais bon. On a de la viande. C'est le principal.
Je m'assoie près de Rilée, sans rien dire. Enfaîte, je crois qu'aucun de nous deux n'a envie de parler. Alors je me tais, je sors les racines de panai de mes poches, pose celles que je tenais avec. Je peux pas m'empêcher de jeter un coup d'oeil autour de moi ; pour constater que le sous-bois est vide. On a de la chance quand même. Depuis le début, on a pas croisé un seul tribut. Ils se sont combattu loin de nous deux, on a même pas eu à ressentir une once de vraie peur. Seulement du doute, de la méfiance... Devant la télévision du Foyer, les Jeux étaient toujours sanglants et pleins de confrontations, de fuites, de... Morts. Tout ça nous est passé par dessus la tête pour l'instant. Je commence à regretter sérieusement d'avoir quitté le terrier pour partir à la recherche des autres... J'aurais dû m'abstenir. Être moins parano. Est-ce que je risque pas beaucoup plus en marchant au milieu du bois pour trouver précisément les gens qui doivent me tuer pour survivre ? On est tous dans le même bateau après tout. Il y'a peut être d'autres équipes, et donc, d'autres chasses qui couvrent le chemin qu'on emprunte. Ou alors, on se dirige tout droit vers un campement de tributs, sans le savoir. Si c'est le cas, et qu'ils nous repèrent avant que ce soit nous qui ayons cette chance là, ils peuvent arriver par derrière et nous tuer dans une embuscade. Enfaîte, je sais pas pourquoi j'y repense. Je me suis déjà dis que ça pouvait se passer comme ça. Je me suis déjà dit plein de choses depuis ce matin. Des milliers. On a fait que marcher ; ça laisse le temps de songer à sa situation. De se dire qu'on est vraiment dans la merde. De se demander si les choix qu'on a fait sont vraiment les bons.
J'arrête pas d'y penser. C'est plutôt marrant, d'un côté, parce-que ce genre de préoccupations m'avaient jamais effleurées avant ; et ce qu'est encore plus marrant, c'est que je sais pas si c'est mieux ou pas, de pouvoir songer à tout ça. C'était plus simple quand je fonçais dans le tas. Je regrette un peu. Cette putain d'Arène m'a mise du plomb dans la cervelle, c'est pas bon... J'ai pas envie de devenir quelqu'un d'autre. J'étais pas si mal avant, non ?
Je mâche mes racines de panai, mais sans enthousiasme. Je sens à peine le gout.
C'est tellement bizarre... Après avoir discuté avec Rilée, je devrais me sentir plus en confiance, moins tendu. Après tout, ça m'a fait du bien, sur le coup. Pourtant... Maintenant, je me sens encore plus mal que le premier jour, ou que quand j'hésitais à son sujet à elle, si je devais lui faire confiance ou pas. Tout se complique. J'aime vraiment pas ces nouveaux tournants qui me précipitent dans le doute. C'est comme emprunté un couloir aux embranchements tellement inattendus, secs, qu'on se cogne au mur avant de réaliser qu'il faut tourner. Et quand on s'y habitue enfin, qu'on avance mécaniquement sans rencontrer de problèmes, on se retrouve un pied dans le vide, puis on bascule en avant. Dans un grand gouffre.
Et j'ai des ailes. Simplement, j'arrive pas à m'en servir. On me les a enroulée autour du corps... Je peux que tomber, sans réussir à me redresser. Complètement impuissant, parce-que ma vie repose entre les mains de quelques cinglés qui veulent jouer avec nous. Une vie, dans leurs paumes à eux, c'est aussi fragile qu'une page de livre qui se déchire quand on compulse trop rapidement une encyclopédie.
J'ai beaucoup de souvenirs en rapport avec elle, je m'en rend compte. Avant Sophia et Mélonan, elle occupait toute mes journées. J'y ai consacré tellement de temps que je me demande comment j'ai pu oublier du jour au lendemain ce vieux bouquin piqué à la bibliothèque. C'est injuste. Je suis ingrat.
C'est peut être tout simplement ça. J'ai déchargé toute ma tension sur Rilée en lui balançant ma vie à la gueule, comme je lui aurait jeté des sacs de briques prit sur les fondations d'une maison abandonnées. La maison, c'est mon existence. Courte, misérable. J'ai voulu m'en débarrasser hier soir, en me disant que ce serait juste une preuve de confiance, qu'au fond, je lui faisais en fleur en lui racontant des années à moisir au Foyer communal. Tu parles. Égoïste jusqu'au bout. Je me suis voiler la face, j'y ai vu mon intérêt, c'est tout. Bah. Si au moins ça avait pu me servir ; après tout, ça a pas fait de mal à Rilée de m'entendre déblatérer sur mon tragique destin de pauvre petit orphelin innocent et fragile. Elle a été émue, sûrement, mais ça va rien changé à sa vie. Seulement, ça aurait pu être bénéfique pour moi. Si j'avais pas une conscience, depuis quelques temps. Comment les autres font pour supporter ça depuis des années ? C'est vraiment une putain de charge. En tout cas, je m'en débarrasserai bien. Vite fait si possible.
Parce-que maintenant, comment je fais pour la trahir ? Comment je suis censé lui planter tranquillement un couteau dans le dos, ou la la laisser se faire massacrer par un autre tribut sortit de nul part ? Oui, je suis ingrat. Je profite d'elle, je lui accorde ma confiance pour me décharger d'un poids, puis le matin suivant, je me remet à douter de tout. Je deviens inutile. Dangereux. Mais quel connard. Je devrais me tartiner la gueule avec orties pour simple compensation. Ça rembourserai pas tout, mais je me sentirai peut être moins coupable après m'être torturé tout seul, comme un détraqué de masochiste.
Après avoir terminé de ruminer mes racines, je jette mon dévolu sur le lapin. La viande date d'hier, et même si elle a été cuite, elle est mauvaise. Dur, difficile à mâcher. Ni Rilée ni moi ne nous plaignons. On a eu un bon repas au moins, c'est déjà pas mal. Et puis, on a pas le temps de chercher autre chose, de toute façon. L'après midi se gêne pas pour avancer., elle, pendant qu'on se pose le cul sur ici.
On se passe la gourde à tour de rôle, notre seule source d'eau pour la journée. A nous d'eux, on la vide à moitié rien qu'en une seule pause. Dés ce soir, on a plutôt intérêt à en retrouver, sinon on passera pas bien longtemps à chasser. C'est pas une question de confort, comme pour la viande. Si on ne déniche rien, pas de rivière, de lac, ou même de petite ruisseau, on va vite s'épuiser. Une journée sans boire, ce sera difficile. Deux, ça deviendra dangereux. Trois, ça nous sera fatal.
On reprend la marche sans échanger un mot, tout le deux aussi sombres l'un que l'autre, je suppose. La forêt se remet à défiler lentement autour de nous, toute en fougères, buissons, troncs rugueux, buissons, escarpements soudains... Des détours, encore des détours, une ligne droite... Jusqu'au prochain détour. Je me souviens avoir passé beaucoup de temps dans la forêt le premier jour, et je courrais. Alors en marchant, c'est même plus comparable. Même avec une compagnie, de toute façon aussi loquace qu'une pierre, ( Et tant mieux. ) le temps passe lentement. J'essaie de rester attentif, au cas où, mais c'est trop pour moi. J'ai l'esprit évasif. Après une heure de marche, j'ai presque mal à la tête à force de scruter le sous-bois. J'abandonne.
Si quelqu'un nous tombe dessus, on avisera de toute façon. Heu. Enfin, normalement, on aura pas trop le choix aussi, hein.
Pourtant, même comme ça, j'ai pas fini de faire des efforts. J'ai beau essayer de penser à rien, j'en reviens toujours à mes regrets, sur notre situation. Et à ce foutu "notre". Fixer les arbres ne me permet pas de contourner la question. Essayer de marcher sans faire de bruit me met les nerfs en pelote. Alors il me reste seulement ces pensées là, et des sensations. Les odeurs de la forêt qui m'agressent gentiment les narines, l’irrégularité du sol couvert de feuilles et de brindilles, mes yeux qui doivent supporter le passage furtif de la lumière entre les branches, comme des piqûres rapides qui m’obligent à étrécir mon champ de vision. Que du bonheur.
Le temps prend son temps, juste pour me faire chier. On avance. On avance. On avance. Et il n'y a toujours rien d'autre que cette foutue forêt, pleine d'oiseaux invisibles qui piaillent depuis ce matin. Je jette à coup d'oeil à Rilée. Elle avance sans se plaindre. Je devrai prendre le sac à dos à sa place. Mais je le fais pas. Ah ouais, c'est vrai que je suis un connard quand même.
Au bout d'un moment, je sais pas, plusieurs millions d'années, la lumière se fait moins forte. La nuit approche ? Rah. Comment être sûr ?! Tout est artificiel ici ! Putains de Juges. Ils décident même de nos nuits. De tout, enfaîte. Ils pourraient nous tuer sur le champ, si ils considéraient ça comme un bon rebondissement. Notre mort, notre survie ; tout ça, c'est juste du spectacle. Je me demande si le spectacle veut me voir crever. Si c'est le cas, on va sûrement me faire buter par des arbres mutants, des écureuils anthropophages, ou une bizarrerie du genre. Ou alors ils feront dans la dentelle avec un gouffre qui s'ouvrira à mes pieds, et m'engloutira dans les entrailles de la terre. Je m'écraserais dans une salle souterraine pour finir bouffer par des chiens. Ou alors je m'exploserai direct contre le sol. C'est plus simple, et ils filmeront pas de toute façon. Ils peuvent se permettent de me transformer en tâches et lambeaux du coup. C'est efficace comme méthode.
Mais il faut croire que j'intéresse un minimum les abrutis du Capitole. On arrive enfin à la lisière de la forêt, et je suis toujours en vie. Le soleil se couche. Les Juges ont décidés de jouer la carte de la beauté sauvage : le ciel est écarlate, orange, jaune. Bref. Magnifique, artificiel, et excessivement coloré, comme tout ceux qui se réjouissent de notre présence dans l'Arène. Ils leur offrent des cieux à leur image... Les Juges sont peut être les seuls habitants du Capitole à ne pas avoir de la compote de poire entre les oreilles. C'est bien dommage que y'ait une élite là-bas aussi. On serait mieux lotit sinon... Putain.
Moi et Rilée arrivons face à une vaste prairie. C'est... Très perturbant. J'ai jamais vu autant de fleurs. Elles s'alignent à perte de vu, pétales blancs ondulants, tiges fines et gracieuse, et... Masse. Masse fragile mais écrasante. Je me sens tout de suite mal à l'aise. Pourquoi j'ai l'impression que quelque chose cloche ?
Je détache mon regard du champ de fleurs, et avise un gros cailloux qui se dresse face à cette marée blanche. On devrait pouvoir grimper dessus. Mais... Je sens quelque chose. Je jette un regard nerveux à Rilée. Elle croise mes yeux, et je vois qu'elle aussi sait qu'il y'a un truc pas net dans l'air. J'ai à peine besoin de chercher, pour voir des cendres. Un foyer... On est tombé sur une sorte de campement. Sans tente, ni rien d'autre. Mais quelqu'un a fait du feu ici. Quelqu'un qui nous épie peut être. Je me crispe sur mon bâton. Sans l'odeur de fumée, toute fraîche, combien de temps j'aurais mis à remarquer ce léger détail ? Cette piste.
Notre chasse nous a conduit à un autre tribut.
Est-ce qu'il est encore dans le coin ? Bordel de merde, on doit rester sur nos gardes. Maintenant, on est vraiment face à un danger, comme au tout début. On sait qu'on peut tomber sur quelqu'un d'un moment à l'autre. C'est plus seulement une crainte dormante au fond de ma poitrine, c'est... Un risque. Un véritable risque.
Mais je peux contrer ce genre de truc, non ? Je suis armé, j'ai toujours été agile ; c'est pas comme si j'étais sans défense non plus. J'ai mes chances. Je la vendrai chère ma peau, je la donnerai pas grattos comme ça ! Si je dois me battre, bah je vais faire morfler la gueule du connard devant moi ! Hé, faut pas se dresser devant Lémoné, sinon- Tient. C'est con.
Je l'ai entendu. J'ai commencé à me retourner avant même d'avoir vraiment conscience de savoir. Mais quand je m'élance en levant le bâton, mon esprit a enregistré : il nous avait pris à revers. Il voulait nous avoir par derrière, sans qu'on voit rien. Sûrement pour me tuer en premier, parce-que je suis le seul de nous deux à être armé de façon visible, puis d'ensuite combattre Rilée. Enculé. CONNARD !
J'abat le bâton droit vers son crâne. Je vais lui briser les os, je vais... Rater mon coup. Bordel ! Il a évité ?! Mon élan m'entraîne sur quelques mètres, pendant lesquels un frisson glacé me parcours l'échine. Il a l'air rapide, il peut m'avoir pendant que je me remet de mon coup dans le vide. Mais non. Je survis à ces quelques secondes gâchées. Une rage brûlante m'emplit les veines. Je pense à tout ce qu'il pourrait faire. Nous tuer, remporter les jeux, renvoyer Sophia et Mélonan à une vie de souffrances et de solitude, laisser la famille de Rilée effondrée par sa mort... Je veux que ce soit elle qui gagne, si je meurs. Mais elle ne pourra pas combattre cet enfoiré tout seul.
Je me retourne dés que l'élan pris est compensé, et m'élance de nouveau. Je sais déjà que j'ai mal fait. Je fonce comme un taureau, aveugle, colérique... Les muscles et les cornes en moins. J'ai aucune chance en continuant comme ça. Mais j'ai commencé le mouvement, c'est trop tard ; de nouveau, j'élève le bâton. Si je pouvais lui toucher même l'épaule, ce serait parfait... Un coup assez puissant pourrait le lui déboîter. Je dois l'avoir. Je dois l'avoir.
Je l'ai. Ma fin. Dans la gueule. J'ai ma mort qui m'explose contre le visage.
Je ne sais pas ce qui se passe. Je ne comprend pas comment ; je comprend juste ce que je sens. Une douleur fulgurante dans le front. Mon crâne qui s'embrase d'un feu glaciale. Mes jambes qui perdent leur équilibre. Je tombe. Mes bras tentent de repousser le sol, mais je n'arrive pas à leur intimer de se calmer. Je m'écrase tête la première contre de l'herbe. La terre m'érafle les joues, griffe ma peau toute entière. Elle me frappe au front elle aussi. La douleur me rend fou, je relève la tête, les yeux brouillés par des larmes de souffrance et de colère. Je n'ai plus que l'envie de ruer et de mordre. Je me sens à la fois ivre de rage, bourdonnant de fureur, et détaché de mon corps. Comme si je flottais au dessus de ce corps dément qui demande la douleur de l'autre.
Mais ça ne change rien. Décidé ou transformé en bête sauvage hargneuse... Rien du tout. Un pied implacable me fait mordre la poussière à nouveau. Je veux hurler, mais la terre presse mes lèvres. Je perd des forces, je suis sonné. Trop lent. Le pied quitte mon crâne, et je relève encore la tête, mais plus lentement. Il m'a humilié. Il m'a mis au sol et contraint à l'impuissance. A quoi ressemble son visage ? Est-il heureux, satisfait ? Je sens une masse mortelle au dessus de moi. Il va y mettre toute sa force. Cette fois-ci, il va me briser le crâne.
J'ai peur. Je ne veux pas mourir, je ne veux pas connaître les ténèbres et la solitude, je ne veux pas laisser mes japanes seules, je ne veux pas que Rilée y passe après moi, je ne veux pas finir comme ça, je ne veux pas expier devant tout Panem, bordel, je veux vivre, je veux revenir dans le district deux, je veux continuer de respirer, je veux sentir mon coeur qui bat, je veux respirer pendant encore toute une vie, je veux me battre, JE NE VEUX PAS CREVER !
...
Et puis merde. J'ai quoi comme chance ? Rien. Autant tout donné maintenant. Autant essayer.
Si je dois mourir sous la botte d'un connard agile, ce sera en faisant comme j'ai toujours fait : en me battant. Je vais rester ce que je suis, rien que pour emmerder le monde entier. Lémoné Orion sera ce taureau aveugle et sans cornes qui fonce tête baissée vers le toréador. Parce-que c'est MOI, sans fard, sans manipulations ; c'est moi et ces Jeux ne me changeront pas.
Je roule sur le côté, attendant le coup. Rien. J'ai réussi ! Je lui ais échappé, je suis hors de porté ! Il est peut être essoufflé ? Ouais, je l'ai épuisé. Je peux me relever et recommencer à me battre, il ne m'aura pas eut aussi facilement en fin de compte.

-Sois tu meurs, sois tu viens avec nous.
Hein ? Quoi ? C'est Rilée qui parle ? Qui ? Comment ? Je me relève. Mon front me lance toujours. Je met quelques secondes à comprendre ce qui se passe, mes paupières papillonnants follement. Des larmes troublent encore ma vue. Mais elles se mettent à bouillir.
Rilée. Elle s'est glissée derrière l'autre tribut. Elle tient son couteau, plaqué contre la gorge de cet enfoiré ; un geste, de l'une comme de l'autre, et un sourire écarlate se découpera contre sa peau. Alors pourquoi ? Pourquoi Rilée ne fait rien ? Elle peut l'avoir, elle peut le tuer tout de suite...
POURQUOI ELLE LUI DEMANDE DE NOUS REJOINDRE BORDEL DE MERDE.
Je tremble de rage. Je lui arracherai le couteau des mains si elle ne lui ouvre pas la gorge elle-même. Ce mec doit crever. C'est tout. Il n'a plus le droit de vivre après ce qu'il m'a fait, il doit payer.

-Je pourrai vous rejoindre et vous assassiner par derrière ensuite. Vous êtes prêts à prendre le risque ?
Enfoiré ! Il joue avec sa vie et notre confiance ?! Il tient si peu à sa carcasse miteuse ?! Quelqu'un de cynique, c'est quelqu'un de dangereux. Il l'est, il en a rien a foutre de mourir, c'est qu'un connard de Carrière dédaigneux qui croit pouvoir se permettre tout ce qu'il veut avec nous ! Il croit qu'il vaut mieux que moi, c'est ça ? il pense qu'il m'est supérieur ? NON. Je lui permettrai pas de se voir au-dessus de moi, je le laisserai pas s'imaginer ce genre de truc avec son petit esprit tordu et pervertit. Qu'il crève. Point.

-Effectivement, moi non. Crache-je comme une giclée d'acide. Tue le Rilée !
Que mes mots aillent lui faire fondre le visage, lui fassent dégouliner la face par terre. Je m'en barbouillerai comme je le ferai pour des peintures de guerre ! Et que Rilée ose s'opposer. Elle verra.
Je me tourne vers elle, plante mon regard dans le sien. J'y met toute ma rage, toute ma détermination. Non mais quoi ? Elle espère que je vais céder ? Je fronce les sourcils, prêt à mordre. On m'a déjà dis que j'avais l'air d'un démon surgit d'un cauchemar quand je suis en colère. C'est parce-que mes yeux semblent devenir aussi sombre qu'un ciel tourmenté par l'orage. Parce-que je serre les dents, un coin de la bouche relevée comme si j'étais prêt à dévoiler une rangée de crocs plutôt que des bouts d'émail pitoyablement carrés. Parce-que c'est l'image que les gens se font d'une bête sauvage. Je suis un tiers loup, un tiers taureau et un tiers purement humain. Additionner ces trois facettes de ma personnalité est contre-nature, mais ça fait trembler les guibolles de ceux qui opposent leur volonté à la mienne. Ça les fait changer d'avis vite fait.
...
...
Elle attend quoi ? Pourquoi elle détourne pas les yeux ? Elle a pas... Peur ? Non. Je peux pas perdre mon aura comme ça, c'est pas possible... Attends. Ça veut dire qu'elle est vraiment convaincue qu'il faut que ce mec nous rejoigne ? Mais pourquoi bordel ?! Parce-qu'elle a peur de le tuer ? Parce-qu'elle croit qu'il mérite vraiment notre confiance ? Je comprend pas... On pourrait le tuer ! Tout de suite ! Ce serait un concurrent de moins ! Alors cède, putain de merde, Rilée, cède sous le poids de mon regard ! Tu peux pas me faire ça, t'as pas le droit. Il m'a ridiculisé... Ce connard a faillit me tuer ! Lui, il n'hésitait pas. Il a pas pensé une seule seconde à une alliance. Tu penses vraiment qu'un mec comme ça devrait nous rejoindre ? Il l'a dit lui même, un soir il peut nous égorger, comme ça, sans qu'on s'en doute. Le danger ne viendrait pas seulement de partout autour de nous, mais aussi du groupe. C'est pas possible... Ce serait pas tenable. J'ai pas les nerfs pour tenir ici, putain, j'ai pas la volonté que ça dure encore trop longtemps... Je vais craquer. Je me laissais aller à faire confiance à Rilée, et maintenant, il y'a ce mec qui sort de nul part pour me donner une nouvelle raison de ne pas baisser ma garde. Rilée, je t'en pris...
Non, hein ? Tu veux pas le tuer, c'est ça ? Tu veux vraiment qu'il nous rejoigne... Ce Carrière tellement agile et rusé ? Rilée, je te déteste... Je dois te céder ça. Je peux plus t'imposer tout comme je le veux. Ça fait mal les concessions. J'aime pas ce genre de choses.
J'hoche lentement la tête. Des bouts de terre piquetés de brins d'herbes tombent de mes cheveux. Je me rembruni, en serrant les dents. Rilée libère notre nouveau compagnon.

-C'est bon, il vient. Dis-je d'un ton cassant. Mais, qu'il essaie seulement de s'enfuir ou de nous trahir, et clac ! Compris ?

Je lui tourne obstinément le dos. Le soleil ne se manifeste plus que par un horizon entaché d'écarlate... On va dormir. De toute façon, j'ai pas faim.
Comment on va faire ? Est-ce qu'il fait frai la nuit ici ? Jusqu'à maintenant, on avait la chance d'avoir un abris, et si il a eut l'avantage de nous protéger pendant deux jours, on se retrouve ignorants du reste de l'Arène... On pourra peut être exploité l'autre connard finalement. Tiens, d'ailleurs, on connait pas son nom. Bah. C'est juste que ça m'empêche de le maudire, lui et toute sa putain de famille.
....
Enfaîte j'ai envie de le connaître, son nom. Rien que pour pouvoir l'associer à tout les termes injurieux qui me passent par la tête. ( Non, je ne suis pas curieux, ta gueule la voix qui me chuchote à l'âme. )
Je m'approche de lui, une expression hostile plaquée sur le visage. Je le dévisage pendant quelques secondes.

-La nuit tombe. Je suppose qu'on va dormir ici, machin ?
Ça, c'est le prétexte. Bien sûr qu'on va dormir ici ! Mais cette question conne va me permettre d'assouvir ma curio... Et merde. ( Non putain de voix, tu te barres. )
C'est quoi, ton nom, au fait ?

-J'm'appelle Al.

A l'huile ? Et moi c'est l'allumette ; j'en ai la carrure.
Je fronce les sourcils comme si son nom me donnait une raison profonde de m'interroger, puis hausse les épaules, l'air de penser que ça n'a pas d'importance ; je le plante et m'approche de Rilée. Je lui demande comment on va bien pouvoir passer la nuit ici. Elle sourit, pose son sac, et en sort un petit sachet d'un bleu glauque. J'hausse un sourcil, une seconde avant de comprendre ce qu'est ce rectangle en plastique luisant ; à peine ais-je cette réaction que Miss clone jette celui-ci sur le sol. Il se déplie dans une explosion de matière bleu à l'allure squameuse. Triangulaire, reptilienne, la tente surgit juste devant nos pieds. Je jette un regard médusé à ma compagnonne.

-Et t'avais ça dans ton sac depuis le début ?! M'exclame-je.

-Oui.
Puis elle me fait signe d'aller dans la tente, avant de marcher tranquillement vers la forêt. Pas possible. Cette gamine est effrayante de laconisme parfois.
Je ne me fais pas prier pour aller dormir tout de suite. Mon visage me fait encore mal, et je sens que j'ai besoin de sommeil. Sans me demander quand les deux autres vont me rejoindre -à moins que Al'huile se décide à faire une crise cardiaque ? Ah, espoir, quand tu nous tiens-, je commence à plonger dans les profondeurs abyssales du royaume des ombres. J'ai l'impression de m'enfoncer dans de la mélasse noire... De tomber au travers d'une matière obscure et épaisse...
Puis c'est le matin. Comme ça. Je n'ai pas rêvé ; je n'ai même pas le sentiment d'avoir dormis. Je me réveille en ayant l'impression d'avoir gardé les yeux ouverts toute la nuit... Mais je me sens frai comme un gardon, vif. Totalement sur pied. En plus, Rilée dors encore à côté de moi ; c'est qu'il doit être tôt.
Je sors de la tente sans faire de bruit, et constate qu'en effet, l'aube a dût se lever depuis à peine une demie heure. Il fait un peu froid, mais c'est plutôt revigorant enfaîte. Je reste hypnotisé par le paysage magnifique. La prairie, à perte de vu, l'horizon rose et orangé... Même si tout ça est artificiel, il s'en dégage une incroyable beauté. Pourquoi le Capitole ne fait pas plus souvent ce genre de chose ? Avec leurs moyens, ils pourraient créer des lieux magnifiques et restaurer la nature là où il le faut... Au lieu de quoi ils préfèrent armer des gens qui nous oppressent, faire des fêtes énormes à tout vas et créer des hectares entiers de beauté naturelle factice pour qu'on s'y entretue. Comment prendre au sérieux des gens si ridicules et superficiels ?
Je me détache avec peine de cette vision fascinante. Je suis serein ce matin. C'est une sensation étrange, mais agréable. C'est cool aussi d'être calme, somme toute ; j'aurais pas pensé. Mais je vais bien. Mieux, alors qu'un cinglé a faillit me briser la nuque hier, je suis presque heureux. J'ai juste quelques hématomes en fin de compte. Moi et Rilée somment toujours vivants, ce connard de Carrière va peut être se révéler un atout étant donné notre ignorance sur l'Arène et au fond, on a toute les chances de notre côté pour survivre jusqu'à la fin. ( Rejette cette pensée obsédante de ce que tu devras faire alors, voile toi la face et oublie que si elle ne meurt pas de la main d'un autre, c'est toi qui devra plonger les tiennes dans la honte d'avoir tué une amie... Une alliée. Non, pas une amie. Rejette aussi ce mot, pense à tout ce qu'elle pourrait faire, et )
Je me fais sourd à l'arrière fond de mes pensées. Je ne veux pas l'entendre. Il me fait douter... Il va me rende mauvais.
En me retournant, je m’interroge enfin sur le lieu où notre tout nouveau -hélas- compagnon a put dormir. La tente n'est pas assez large pour trois personnes ; il a sûrement passer la nuit dehors. Dommage qu'il n'a pas fait plus froid...
En attendant que Rilée se lève, et qu'Alhuile réapparaisse -à moins qu'il ait profité de la nuit pour s’échapper ? Bah-, je vais fouiller dans le sac de Miss clone. J'y ai rangé les racines avant dormir, hier soir : autant préparé quelque chose tout de suite, comme ça on pourra se mettre en marche tôt.
Comme les dernier jours, notre repas se compose de racines. Panais, betteraves... J'ai quand même trouvé des feuilles de menthes, pour aller avec le viande de lapin qu'il nous reste d'hier soir. Je l'ai boucanée pour quelle se conserve mieux, au risque d'en perdre la saveur. Elle est un peu dur, mais ça devrait passer. Dans la crainte que la viande ait déjà commencée à pourrir légèrement, j'ai aussi cueillit du persil pour l'assaisonner. Il y'en a assez pour quelques jours, et même si je n'utilise pas tout pour donner meilleur goût à ce qu'on mange, les feuilles pourront servir en cas de blessures. En bref, je suis paré pour ce petit déjeuner, qui devrait nous permettre de tenir une bonne partie de la journée.
J'utilise le couteau de Rilée pour couper des tranches de viandes, en part plus ou moins égales. Comme faire du feu serait trop dangereux, je me contente de laisse des feuilles de persil et de menthe près des deux autres tronçons de lapin. Ils se débrouilleront pour l’assaisonner eux même, hein.
Je commence à manger seul, en observant le champ de fleurs qui s'étend à perte de vue. Je me demande ce qu'elles font là. Leur nombre est assez oppressant, et se retrouver face à cet océan immaculé de blancheur me perturbe. Il bouge... Le mouvement incessant des pétales semble former comme autant de vagues sur une mer véritable. Pourquoi le Carrière ne l'a pas encore franchit ? Peut être qu'il est arrivé ici il y'a peu lui aussi, et qu'il craignait de camper au milieu de cet espace découvert, visible de tout les côtés. Ou alors il y'a quelque chose de louche avec toute ces fleurs. Ce ne serait pas vraiment étonnant, d'autant plus que mon instinct me souffle que le malaise qui m'habite devant elles n'a rien de gratuit. Et généralement, mon instinct ne se trompe pas.
Quand j'ai terminé de manger. Je reste un instant encore à regarder l'horizon. L'aube est partit maintenant, et le matin a prit franchement possession du ciel. Il serait peut être temps que Rilée se réveille et que l'autre taré se décide à réapparaître. Au mieux, on partira sans lui- sinon, tans pis pour moi.
En me retournant vers notre "camp" -une tente et un un foyer de pierres qui ne servira plus, oh joie- je constate justement que Miss clone s'est libérée du sommeil. Elle semble surprit de me voir levé, et je ne peux pas m'empêcher d'avoir un sourire moqueur. Ouais, moi aussi je suis capable de ne pas passer la matinée à dormir ! Mais mon sourire retombe de suite quand je vois... Al qui sort de la tente. Je met une seconde à comprendre, pendant laquelle un air sombre vient ombrager mon visage. Rilée a dormis dehors, sûrement dans un arbre, pour monter la garde et nous laisser la tente à tout les deux. J'ai donc passer la nuit en compagnie de ce cinglé qui a voulu me briser la nuque... Rien que pour ça, j'ai une soudaine envie d'aller déchirer la tente à coup de dents pour la recracher au visage de cette traitresse. Me laisser seul avec ce mec ! Après ce qu'il m'a fait ?! Je me demande même si il elle a songée un seul instant à toute l'horreur que ça m'inspire désormais.
Je ne dis rien, me renfrognant sans annoncer le bonjour à aucune d'eux deux. Je retourne m'assoir devant la prairie en ruminant, souhaitant qu'ils ne prêtent pas d'attention aux feuilles que j'ai laissé près de leur portion de lapin ; histoire qu'ils profitent de son arrière-goût de moisis plutôt que de la fraicheur de la menthe.
C'est dingue comme le temps est long et lent enfaîte. Comme une bête énorme qui se traîne pesamment sur une route trop grande. Une sorte de serpent obèse qui fait à peine l'effort de remuer son corps gras, les écailles poussiéreuses de terre séchée depuis des millénaires sur son corps sinueux et boudiné. Et moi, je suis sur son dos, à califourchon, attendant qu'il me dépose à quelque part avant de recommencer à marcher seul.
Je ne sais pas vraiment quand Rilée vient me chercher ; j'ai l'impression d'avoir fixé la prairie oppressante depuis des jours. Ma langue est pâteuse et mes idées embrouillées ; j'ai pensé à tout et à rien. Je suis incapable de dire ce à quoi je méditais une seconde avant qu'elle ne vienne me tirer de moi même. Je me contente de me relever, et de la suivre. Pas question de laisser tomber mon mutisme. De toute façon elle le mérite, vu comme elle m'a quasiment forcé la main hier, pour ce que ce cinglé nous rejoigne.
Elle me mène jusqu'à la lisière de la prairie, où nous attend Al'huile. Il la fixe d'un regard assassin, comme si les fleurs lui avaient fait un truc, je sais pas, craché sur ses pieds ou insulté sa mère. Rilée s'approche de lui, son sac à dos en place -je traîne des pieds pour arriver plus lentement- et lui demande quelque chose. Pour toute réponse, il balaye le sol du regard, attrape une pierre, et la jette dans l'océan immaculé de marguerites. Et là. C'est le drame.
Elles se jettent dessus et l'engloutissent, comme une colonie de fourmis noyant un sucre de leur grouillement. Bien sûr, c'est qu'une pierre : elles n'en tirent rien, à part peut être une congénère écrasée. Mais imaginons un instant que ça ait été un animal, tient, ou mieux encore, un de nous... Ah ouais. Enfaîte, je vais m'abstenir d'imaginer, c'est mieux. Parce-que, bon, c'est carrément dégueulasse comme vision.




















12-06-2012 à 11:15:48
Le monde était si beau, le monde était si magnifique !
Ces flammes qui ne voulaient pas s'éteindre, ces cris qui perduraient ! Ô, carnage offert gracieusement à son regard, ô divine vision de mort, de destruction ! Les corps réduit en charpie sanglante, les chairs brûlées qui parsemaient le centre-ville telle du tissu noircies par la caresse ardente d'une bougie qui se consume... Ces merveilles ineffables qui s'étendaient en dessous de lui, presque à porté de sa main... Si il s'était penché... Un tout petit peu, pour attraper un corps et sentir son arôme de viande carbonisée. Il aurait suffit de courber le dos, d'avancer sa main et de pincer une dépouille de ces affreuses choses entre ses ongles. Si il la coupait en deux, il pourrait retenter avec une autre. Il y'en avait tellement. Trente mille cadavres éparpillés sous ses yeux. Une invitation au rire, à une orgie de joie ! Ils étaient comme autant de chiffons souillés abandonnés par terre. Des loques visqueuses qui ne demandaient qu'à servir. Et lui, n'en avait-il pas la plus louable des utilités ? Empilés toute cette matière organique momentanément incapable de se régénérer dans un tombeau de pierre, et l'y laisser se faire poussière pour qu'elle se perde à jamais ! Oui, trente-mille vies en moins sur cette planète, trente-mille singes brailleurs réduit à l'état d'une saine poussière ! C'était si beau, cette soirée était si belle. Le monde glacial autour de lui, l'odeur de la mort dans l'air. Il ne voulait pas penser que toute ces créatures aberrantes seraient enterrées ; non, il se donna le droit de rêver à leur fin définitive. A la disparition de ce qui les avait composé, une extinction de leur matière détestable. Un long plaisir allait illuminer ses prochaines jours. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas été aussi satisfait de son existence misérable, au moins plusieurs mois, depuis qu'il n'avait plus vu Seysan. Une jeune femme fort sympathique avec qui il avait su prendre du plaisir charnelle ; le premier de son existence d'ailleurs. Elle l'avait pourtant trouvé habile, et revenait depuis le voir régulièrement.
Avec elle, Assad n'avait plus honte d'être humain. Il n'était pas sûr de l'aimer, mais leurs discutions et leurs ébats lui plaisaient. Il n'avait pas cherché à le réfuter ; il s'avouait une faiblesse dans la personne de Seysan. C'était une femme... Une femme au physique banale. Mais aux besoins qui l'étaient moins ; et surtout, elle avait pour elle cet indéniable charisme. Ainsi que sa délicieuse cruauté. Misanthrope ou presque, elle l'avait écouté, et compris, ou tout du moins, essayer. Ce qui représentait déjà beaucoup. De plus, à rajouter au nombre de ses qualités, sa sincérité lui rappelait la Pierre. Elle en avait fait preuve dés leur première rencontre.
Assad pouvait se rejouer la scène comme si elle se déroulait devant ses yeux.

Avant tout, le jour était gris. Pluvieux. La petite rue dehors, calme. C'était une magnifique journée d'automne sombre et froide. Il était d'humeur jovial. Aucun client. Aucune voix. Sa patronne composait des bouquets, assis dans une chaise en osier, le sourire aux lèvres, silencieuse. Lui rêvassait, accoudé au comptoir, observant l'au-dehors. Il songeait à la beauté de l'eau qui courrait sur le goudron, faisant jouer des rimes silencieuses au bout de ses lèvres. Il la louait tout d'abord, fasciné par son écoulement cristallin, observant l’hécatombe que le ciel menait. Innocentes larmes célestes jetées au sol par les nuages, martyres au clapotis douloureux qui tombaient en masse, mourraient contre la ville des Hommes. Elles devinrent nymphes liquides brisées par les angles des immeubles, ondines des brumes aériennes qui s'entrechoquaient aux voitures assoupies, puis myriades féeriques dans l'air, aussi éphémères que l'amour, libertines qui se mêlaient aux foules de leur soeurs, se pressaient ensemble pour dévaler les trottoirs... Puis catins. Démentes, parjures à la beauté des choses immobiles. Elles étaient déchues et porteuse de vie, maudites à jamais par l'univers pour avoir développées en leurs flancs multiples, les premiers êtres organiques. Leurs souffrances n'étaient que justice. Prostituées de la Terre courtisane, elles devaient payer le prix de leur trahison à la pureté du vide. Il jetait son mépris à l'eau, sa colère dédaigneuse et muette à ce fluide de jouvence.
Il fut tant absorbé par sa rage atone qu'il n'entendit pas le doux carillonnement de la cloche attachée à la porte. Ce n'était rien au milieu du flot tonitruant des injures qui se déversaient dans son crâne. Ce fut une voix qui le tira de sa tirade silencieuse. Il tourna un regard encore plein de colère vers l'être misérable, qui parmi ses congénères, avait osé l'interrompre. Mais quand ses yeux se posèrent sur une jeune femme asiatique à l'allure jovial, il se calma brutalement. Ses yeux s'éteignirent, et un sourire instinctif étira ses lèvres. Il n'eut pas le temps de lui souhaiter la bienvenue.

-Il y'a une seconde, t'étais plutôt pas mal. Voire beau. Puis t'es redevenu carrément terne.
Assad resta de marbre. Il considéra avec un peu plus d'attention sa cliente. Elle paraissait si sincère que ses paroles finirent par lui arracher avec retard un haussement de sourcil. Il tiqua. Elle l'avait fissuré. Sa franchise était un pic qui pouvait tailler la pierre de son expression... Ou la briser. Détruire sa gangue et révéler le plus humain de son être. Ces horribles réactions organiques. Qui le secouaient... Faisaient bouger sa peau. Plisser la matière tiède sur la charpente détestable de ses os. Une lueur s'alluma dans ses yeux, ou tout du moins le ressentit-il comme tel. Elle était dangereuse ; il n'était plus question de galanterie. Pas avec cette cliente là.

-Terne. Il n'y a de terne que les choses dont l'oeil ne peut discerner les différences. N'es-tu pas terne à mon oeil ? Et il la tutoyait, car il voulait lui arracher à son tour une réaction, un choc. Quelque chose qu'il pourrait utiliser contre elle. Tu me sembles si fade. Insipide... Tellement banale. Tu es comme un galet parmi tant d'autres, au fond du lit d'une rivière, polie par l'eau jusqu'à perdre toute ses arêtes. Jusqu'à n'être plus qu'un ovale gris et lisse, plat. Il n'y a rien de beau en toi. Pas le moindre souffle de folie... Juste une conformité aberrante.

Puis il fit taire sa voix atone, les paupières lourdes, son regard fixé dans celui de la jeune femme. Elle le dévisagea. Ses lèvres frémirent. Son visage se tordit. Une chose terrible jaillit de sa gorge depuis le fond de ses entrailles.
Un rire. Un rire éclatant, tonitruant. Il recula, effrayé. Comment pouvait-elle trouver ses paroles drôles ? Assad y avais mis du venin, le poison qui sommeillait au fond de lui ; n'avait-il pas essayé de lui arracher une brusque colère ? Une rage dormante dans son regard ? Des éclairs dans les prunelles, un orage suspendus à ses lèvres et prêt à jaillir pour aller grésiller à son visage ? Il savait comment essuyer sans peine les tempêtes. Il aspirait à la perfection de la pierre, et la pierre ne tremblait pas face au vent. Mais ce rire... Cette horrifiante, angoissante marque d'amusement, cela l'ébranlait comme un tremblement de terre. Qui fendait les montagnes. Faisait tomber les cimes rocheuses à leurs propres pieds, telles de têtes décapitées roulant vers les gouffres ouverts dans le sol. Assad resta tétanisé, dos aux étagères, fixant cette horreur surgit de nulle part.

-T'es chou ! Me comparer à un galet ?! Je suis tombée sur un extra-terrestre enfaîte ?! Et la vielle dame assis sur la chaise, c'est une sorte de matrone de ton peuple, c'est ça ?! Pouffa t'elle en se tenant les cottes. Bon dieu, t'es génial enfaîte ! Elle se tourna vers Florence, qui avait cessée de triller délicatement les fleurs de ses mains osseuses, un sourire tremblotant et plissé aux lèvres. A ce moment précis, Assad s'attendit au pire. Il en eut peur. Ô, vénérable Yoda d'outre-espace, puis-je t'emprunter ce charmant alien, afin de lui apprendre l'hospitalité terrienne ?

Florence gloussa doucement. Le jeune homme ne voulut pas le croire. Il fixa hébété sa patronne, tentant de comprendre où voulait en venir cette femme inquiétante, égaré, simple spectateur. Démuni, il n'intégra les paroles qui suivirent qu'une fois langoureusement emporté par une main qui tirait sur son col, avançant malgré lui, presque hors de son corps.

-Allez donc jeune femme, Assad doit se dégourdir un peu. C'est un homme après tout ! Et je ne le vois jamais avec aucune femme... Ni homme ! Pauvre petit ! Les jeunes d'aujourd'hui ne savent plus profiter de la vie. Soyez indécente !

Il ne se reprit qu'une fois dans l'arrière boutique, plaqué contre un mur par deux paumes chaudes. Fiévreuses sur son torse, des doigts joueurs tapotant la naissance de sa gorge. Il rencontra le regard de cette démone surgit de l'orage. Et ses lèvres s'entrouvrirent.

-Seysan. Susurra t'elle, coupant son élan, approchant son visage lumineux. Elle lui imposa ses lèvres, et envoya glisser sa langue agile, bouillante, à la recherche de la sienne. Il ne réussit pas à résister. Ses mains bougèrent seules, s'animant pour caresser des seins fermes. Assad sentit son souffle qui s’accélérait. Une folie irrépressible s'empara de lui. Il sera la chair plantureuse, pétrit cette offrande indécente de ses doigts fébriles. Quelque chose s'éveilla dans son corps. Une chaleur improbable qu'il ne connaissait pas. La démence s'empara aussi de ses reins, de ses jambes. Il grogna, sans comprendre les paroles que lui disaient la femme ; Seysan ? Peut importait. Il se sentit soudain incroyablement serein. Il réalisa avec retard que son corps entier suivait un mouvement primaire, une cadence animale. La femme gémissait contre lui, s'accrochait à ses épaules, dansait contre son torse en le plongeant d'avantage dans la folie. Il se joignit à elle, à peine conscient du plaisir, à peine conscient de sa voix rauque et de tout les autres bruits qui participaient à cette orgie anarchique de sensations.
Quand le rythme devint insoutenable et que son corps fut submergé par une force comateuse, il avait le sentiment d'être un autre homme. Affalé contre un mur, le pantalon baissé jusqu'aux pieds, le dos irrité, essoufflé, en nage. Devant lui, la femme souriait, assise sur une table. Elle avait poussé des pots pour s'installer. Certains étaient tombés par terre, déversant humus et tiges sur le sol froid. Il fixa la terre humide, vidé, plus creux que jamais il ne l'avait été. Un pied vint se balancer devant ses yeux. Il releva la tête, et croisa le regard de cette femme qui venait presque de le violer. Mais ne dit rien.

-Alors, aucun commentaire ? Lui demanda t'elle, d'un air faussement déçu. C'était pourtant ta première fois d'après ce que j'ai compris ! Tu pourrais te montrer un peu plus reconnaissant et dire merci.
Elle sauta sur le sol, lui tournant le dos. Assad eut une vue privilégiée sur le creux de son harmonieux fessier. Il le fixa en se demandant comment cette femme avait pu lui arracher autant de réactions... Animales. Il se fit violence pour ne pas frisonner, restant assis, puisant de la force dans le contact glacial du sol humide contre sa peau.
La femme
12-06-2012 à 11:16:00

Dois-je écouter l'orage qui sussure ?
Messages :153
Maman, c'est quoi l'éternité ?
Le peigne se figea dans sa chevelure blonde. La jeune femme détourna le regard vers la grande fenêtre depuis laquelle se déversait un flot de lumière dorée. Ses yeux vitreux restèrent aveugles à la rivière éthérée qui coulait du soleil. Elle ne pouvait que sentir la sève chaude de l'air, sève lumineuse de vie, qui couvrait son visage d'un été spectral. Mais cette lumière avait brûlée ses iris de son feu trop sauvage. Ils n'étaient plus que deux disques pâles qui emprisonnaient ses pupilles. Alors la jeune mère fixa la fenêtre, devinant l'écoulement des rayons solaires, tentant de se souvenir de ce qu'était un ciel dégagé. Il ne lui restait que le miel séraphique des journées chaudes, glissant depuis l'étendue céleste où s'éveillait chaque jour le soleil, cependant, elle ne pouvait empêcher la rébellion de fouiller sa mémoire à la recherche d'une image pour illustrer le monde.
12-06-2012 à 11:16:14
La dance virevoltante de ses ailes sur le velours de la nuit, origami chamarré qui se froisse et renaît pour le porter dans les ombres. La lumière de l'aube qui précède son soleil géniteur, portée sur le dos d'un artisan des nouveaux jours. Les ténèbres contrariés se gondolent puis s'aplatissent en sifflant, se terrent sous les choses avec la crainte des bêtes traquées. Pas de chasseur, pourtant.
Mais un papillon qui danse dans l'air hivernale, dans cette nuit trop tôt tombée, puis trop tard renvoyée à la face obscure du monde. Il volette sobrement dans le vide relatif du ciel, tournoie sans frontières pour l'empêcher d'avancer. C'est sûrement une allégorie de la liberté, à sa manière... Presque.
Un aigle fond sur lui et l'arrache à la quiétude de l'aube. Aube de la mort. Le velours de ses ailes se déchire dans le bec du prédateur. Son corps délicat se pose dans la coque jaunâtre et cesse d'obéir à la loi de l'origami. Il attend, déjà avalé, déjà ingéré à ce corps qui demande sa matière journalière. Un papillon ne peut pas se débatte.
12-06-2012 à 11:16:25
-Il est charmant, en effet, charmant. Se réjouit la grande dame en souriant, émue.

Alann observa attentivement son visage, les yeux plissés et calculateurs. C’était sûrement une belle femme, peut être désirable, et au moins un peu attirante. Elle avait des cheveux blonds lisses et fins, qui tombaient sagement en un rideau doré sur ses épaules, et un visage pâle, diaphane, illuminé par deux grands yeux bleu limpides dans lesquels se lisait toute la sérénité du monde. Haute, altière, lumineuse ; une bourgeoise en bonne et dût forme, toute de sucre et de miel. Gestes maîtrisés, manières toujours douces, odeur florale qui embaumait l’air autour de sa fragile et magnifique personne… Une véritable colombe, qui avait daignée franchir les portes du grand cabinet de la région. Un oiseau venu des cieux, qui s’était posé au beau milieu de la merde pudique des latrines Bandornienne.
C’était tout bonnement ridicule. Affligeant. Elle n’avait rien à faire ici. De toute manière, Alann ne voulait pas d’elle ; non, il ne voulait pas de cette mère là. Elle était comme toute les autres. Un pauvre ange aux plumes propres qui ne venait se souiller ici que pour éprouver son âme en manque de tragédie. Elle avait besoin de quoi se lamenter à table, de quoi soulever les cœurs et réveiller les yeux secs des convives, elle-même suppliciée par son propre récit, prête à verser une larme sur le destin si horrible de ces pauvres enfants qui vivaient entassés, là, misérables et tristes, n’attendant que ses bras et ceux de tout les autres, et la chaleur d’une mère, et l’instruction d’un père, et oh ! Comble ! Apothéose ! Elle conjurait à tous de, comme elle, visiter cet enfer où l’innocence se mourrait chaque année, éperdue d’espoir, violement rongée par l’attente d’une famille, ne désirant plus que la perspective de parents pour faire d’eux, eux tous, ces petits fragments de candeur, enfin, par l’adoption charitable et secourable, de véritables enfants. Point finale du discours poignant, salué des hochements de tête respectueux et solennels des hommes, et par les reniflements humides des femmes. Une prestation parfaite.
Alann eut une moue dédaigneuse. Il valait mieux que ça. Voilà, elle l’avait vu, et ce serait tout. La grande dame qu’elle était s’en retournerait à sa vaste demeure, –celle de son riche mari, plutôt, non ?- puiserait dans le puits si profond et si vide de sa compassion, et en tirerait quelques larmes, précieusement maintenues aux bords de ses yeux jusqu’au dîner du soir. C’était très bien ainsi, et Alann n’allait pas s’en plaindre. Il allait juste retourner jouer, après que cette grande colombe écœurante ait décidé de reprendre son envol. Il fallait simplement la supporter pendant quelques minutes encore, le temps qu’elle pose les questions standards, auxquelles le directeur répondrait avec son habituel sérieux, ses lunettes rondes remontées sur son nez, ses yeux gris plantés dans ceux de l’interlocutrice aux cils battants, et sa moustache en guidon gominée avec cette exquise finesse qu’il affectait toujours d’avoir quand une femme venait à sa rencontre. La plupart étaient certes mariées, mais il arrivait qu’une d’elle tombe tout de même sous son charme d’homme mûr et ferme, alors mielleuse, langoureuse à son encontre, étudiant ses épaules larges, ses traits nobles, et toute son corps mis en valeur par des vêtements bien coupés. Quand cela arrivait, Alann avait la chance d’être renvoyé rapidement. Il laissait alors les adultes à leurs jeux singuliers pleins de grognements et de caresses.
Une fois, il avait essayé de les surprendre durant cette intrigante activité, accompagné de Maël et de Léon, dressé sur la pointe des pieds pour capté un mouvement ou une image. Mais ils avaient tous sentit une onde psychique les repousser ; l’Alakazam du directeur veillait à ce que personne ne se mêle des jeux d’adultes.
12-06-2012 à 11:16:59
Ils dansent autour d'une pierre, mûs par la force astrale qui englobe leur petit monde étriqué.
Une colonie d'étoiles qui mène sa vie paisible sur cette roche vagabonde. Elle parcourt l'univers, transportant en sonc coeur, et sur sa surface stérile, ces créatures incarnats qui l'habitent. Par un incroyable hasard, voici la vie installée sur ce cailloux énorme, pourtant minusculme à l'échelle de l'univers, cette petite centaine de kilomètres qui traverse l'espace avec bravour. Et là, ces fées sans baguettes, loin des autres créatures, loin des mondes innombrables qui scintillent dans le vide autour d'elles...
Mais proches du Futur. Qui attire le Monde vers sa perte, qui attire le Monde vers le renouveau... Qui attire la vie vers la vie.

-Maman, pourquoi les étoiles brillent ?

-Je ne sais pas. Personne ne sait, car le Monde passe entre elles sans jamais les toucher.

-Alors le Monde a peur ?

-Non Mélona. C'est que le Monde va quelque part, et qu'il ne peut pas s'arrêter ; alors il continue son chemin, parce-qu'il y'a quelque chose qui l'attend, très loin.

-Oh. Et c'est quand qu'il va trouver la chose, le Monde ?

-Personne ne le sait aussi. Allez. Va danser ma fille.

Comme toujours, sa mère lui souriait. De ce doux sourire qui suivait ses longs questionnements ; et comme toujours, il y'avait eu de réponses, mais des réponses qui ne se suffisaient pas à elles même. Alors comme toujours Melona répondit elle aussi d'un sourire, puis trottina hors du cratère. Ainsi se répétait la vie, pleine d'intenses réflexions enfantines qui ne résistaient pas à un jeu, à un repas ou... A la danse.
05-07-2012 à 17:41:25
Il tomba sur le flanc, le souffle coupé.
Sa main agrippa une racine noire qui griffait le vide ; il la serra trop fort. Elle se brisa entre ses doigts comme de la terre sèche. La poussière noire souilla sa paume. Un cri étranglé s'échappa de ses lèvres gercés, et il se tortilla sur le sol gris. Il ne voyait plus que du charbon, un vaste morceau de charbon qui occupait le ciel trop vaste. Ses mains cherchaient une prise, car il se sentait partir. A tout prix, il essayait de se raccrocher à quelque chose... Mais ses doigts ne se refermaient que sur une poussière froide, comme si la terre n'était plus que cendres. Tout semblait glacé, mortellement glacé. La poussière, l'air, et sa peau. Il avait du mal à respirer. Son souffle s'étranglait dans sa gorge, comme gelé, transformé en glaçons à l'intérieur de sa bouche. Ils s'entassaient dans ses poumons et se coinçaient partout ailleurs. Ses yeux ne pouvaient plus se fermer non plus : un givre hivernal couvrait ses prunelles, faisant du monde une vaste vitre qui occultait le monde.
Mais il n'y avait rien à voir. Autour de lui, il n'y avait que ténèbres froides et grises étendues. Cependant, il n'accepterait pas de partir ainsi. Il ne savait pas ce qu'il faisait ici, ne ce qu'était ce "ici" dans lequel on l'avait balancé, mais il ne cesserait pas de se battre.
Obstinément, avec une ténacité dénuée de bon sens, il continua de remuer par terre, ses pieds tapant la poussière froide, ses phalanges écorchées par sa vaine gesticulation. Il ne réussit qu'à rouler sur le côté... Pour dévaler une pente raide. Son corps meurtrit s'enflamma d'un brasier de douleur. Il gargouilla un hurlement ; ou presque. Sa bouche était trop sèche. Il émit à peine un chuintement plaintif, masqué par le bruit caillouteux de sa chute. Des silex roulèrent avec lui en tailladant sa peau. Mais il ne saignait pas : ce n'était plus son lot à lui.
Les pierres coupantes déchirèrent la pulpe tendre qui couvrait son corps, cette enveloppe pâle et fragile, fine, que la moindre griffe aurait emportée d'un allée rapide. Mais il n'y avait pas de prédateurs ici. Seulement le mécanisme implacable de la gravité qui l'emportait plus bas, au pied de la colline. Son corps réveillait les cendres paisibles du sol, laissant sur son sillage un nuage froid et gris. Elles donnaient une parenté erronée à ce ciel noir et vide, avec celui bleu et moutonneux de la Terre.
Des cumulus grisâtres entourèrent la colline, pareils à une tempête spectrale exhalée par la terre aride.
Noa n'en avait rien à faire. Il essayait de respirer en vain. Ses yeux menaçaient d'éclater, et son coeur n'avait pas battus depuis des lustres. Il n'aurait jamais cru ressentir aussi intensément le vide dans sa poitrine. Plus un seul battement, pas le moindre écho... Pas même le murmure d'une pulsation mélodieuse, magnifique ; pas l'ombre d'un organe acharné pour habiter sa poitrine. Il n'y avait que ce poids étrange qui rebondissait en lui, pauvre pierre égarée dans la cage de ses os. Il lui semblait qu'on lui avait fait avaler un gros cailloux. Un morceau de roche arraché quelque part... Peut être une pierre nostalgique de sa montagne natale, ramassé après un éboulement. Quelqu'un l'avait trouvé, puis avait eu l'idée saugrenu de la lui glisser dans l'estomac. Son coeur s'était fait écrabouillé, ce qui expliquait alors que sa poitrine ne retentisse plus de rien d'autre que de ce bruit mat et sourd... On ne jouait plus du tambour là dedans, c'était de la percussion contre un mur creux. De la musique inaudible. Et c'était laid.
Or, Noa aimait les rythmes entraînants. Il voulait danser en entendant l'écho d'un coeur, marcher sur la mélodie entêtante de la vie, sauter, jubiler, s’époumoner à en attraper des crampes, et tout ça avec pour seule directive, pour seule partition, seule chorégraphie, celle que lui imposerait cette petite chose essentielle qui aurait dût cogner dans sa poitrine. S'était trop demander de vouloir vivre ? Il ne pouvait pas mourir comme ça, maintenant, au milieu de nul part... C'était ridicule et glauque. Enfaîte, non, c'était pire : il ne voulait pas mourir comme ça. Si il fallait devenir raide et pâle comme un cul un jour, autant que ça se fasse dans un fauteuil en cuir, en face d'un beau jardin flamboyant, magnifiquement incendié par l'automne. C'était ça sa mort. Une fin paisible, après tout ce piment qui l'avait fait danser tout le long de sa vie. Il avait vécut sur des charbons ardents, rien que pour se forcer à bouger tout le temps, pour ne pas oublier comment on faisait pour exister vraiment, en tournoyant comme une étincelle au dessus d'un brasier. Alors, oui, sa mort serait tranquille.
Ce ne serait pas cette pitoyable agonie sur la pente d'une colline. Surtout qu'on ne lui accordait même pas la paix. Roulée-boulée dans la poussière... Des cendres froides qui se déversaient dans sa bouche et recouvraient sa langue. Il aurait dû clore la porte fissurée de ses lèvres. Mais elles étaient déjà si asséchée, que la poussière ne trouva pas la moindre humidité à lui voler. Même quand elle s'écoula dans gorge et tomba en gros paquet au fond de sa poitrine. Il ne réussissait même plus à tousser.
Noa heurta un sol aride et glacial. Quelque chose de dure, de froid, comme une stèle abandonnée par terre. Peut être avait il atterri dans un cimetière horizontal, une plaine de tombes couchées par terre... Une grande plaine silencieuse et vide... Juste ce qu'il fallait pour mourir sans complication... Même si tomber de nul part sur une colline poussiéreuse, pour dévaler sa pente tapissée de silex et se heurter un sol aussi glacial que les tréfonds d'un caveau, était en soit une complication.
Il aurait voulut se lever, ou cligner des yeux pour se débarrasser du givre qui recouvrait ses prunelles, mais il ne réussit qu'à se prouver qu'il était bien mort. Ou pas. Pas encore.
Un fol espoir résonna une dernière fois dans les abysses de son être, la note ultime d'une chanson trop courte. Ce n'était pas grand chose, un petit battement à peine audible... Mais c'était la plus merveilleuses des sensations, une vibration exquise qui chassa le vide sa poitrine. Une lumière frénétique qui courrait au milieu des ombres. Puis s'éteignait. Déjà passée, déjà disparue. Tout juste une seconde d'existence. Le dernier instant de sa vie... La dernière pulsation de son coeur.
Puis il retomba au fond de sa poitrine, et redevint une pierre nostalgique issue de quelque lointaine montagne. De nouveau, il était vide. Ses poumons ne voulaient plus se froisser. Pas même un frémissement. Juste ce gouffre, et cette noirceur... Toute les ombres du monde dans son corps creux.
Noa garda la bouche ouverte, emplit de cendres. Il ne voyait même plus le givre sur ses prunelles.
Il était mort.


16-08-2012 à 13:07:48
Je me souviens.
C'était à l'aube de ces années où l'on devient adulte trop rapidement pour s'en rendre compte. Derrière moi, il n'y avait plus que cette courte partie de ma vie qui se laissait noyée dans un ultime crépuscule ; le dernier jour de ce qu'on pourrait appeler globalement l'enfance. Je n'étais déjà plus innocent depuis quelques années, mais tout le monde vous le dira : atteindre ses treize ans, c'est devenir responsable. Atteindre ses treize ans, c'est devoir faire un choix... Le choix qui déterminera toute votre existence. Ce n'est pas le même pour tous. Tout dépend de votre personnalité, de votre famille ; de vos peurs, vos envies. Tout ce qui vous définis entre en compte. On ne peut pas déterminer avec exactitude quel sera son dilemme. Quelques charlatans liront votre avenir dans des sphères en verre teintés. On tentera de vous faire croire qu'il est possible de connaître votre destiné, et sûrement y croirez vous. Vous voudrez y croire. Car, cela ne vaut-il pas mieux que l'inconnu qui se profile au loin ? L'inconnu qui rampe vers vous, lentement, jour après jour, se tortille, tourne, se rapproche insidieusement ... Vous heurte, puis vous happe. A treize ans, vous le savez tous, il est temps pour les ombres de venir vous chercher.

La nuit de mon Choix, j'ai dîné seul. Il n'y avait personne dans la maison, comme la coutume le veux. Seul le silence était attablé avec moi, qui assis face à mon plat de pâtes au parmesan, attendais avec angoisse que ne vienne l'heure fatidique : minuit cinq. L'heure de ma première naissance, qui marquerait aussi la deuxième. Je mangeais du bout des lèvres, incapable d'avaler le contenu de mon assiette avec la même rapidité que d'habitude. Mes tripes formaient des nœuds à l'intérieur de mon ventre réticent à se laisser rembourrer de nourriture. J'en aurais eu bien besoin pourtant, frêle et maigre comme je l'étais. Épaules étriquées, cheveux secs, yeux humides... Je ressemblais à une allumette coiffée d'une perruque en crin de cheval. J'avais douze ans, plus aucune foi en l'humanité, et une totale conscience de ce que j'étais. Ma faiblesse physique me dispenserait d'aller au front, ce qui ferait de moi un des rares garçons à ne pas avoir connu la guerre. J'étais plutôt intelligent pour mon âge, refermé et solitaire, voué à occuper ma morne existence de lectures et de dessins. Je savais aussi que je n'aurais jamais de femme, ni d'enfant, que plutôt que de perpétuer le nom de ma famille, je le ferais s'éteindre. J'étais un être de terme, de fin. Il n'y aurait pas de renouveau avec moi.
J'avais douze ans, et je pensais tout ça. Oui. Douze ans, et aucun rêve. Douze ans, une éternité à vivre, et un vide béant en moi. Je me considérais comme porteur d'une parcelle de Rien, marquant la fin de tout, n'ayant pas de but à poursuivre ni d'aspiration.
J'étais creux.
Vingt deux heures désormais. Plus de cent vingt minutes que j'étais attablé, trois pâtes saupoudrées de parmesan piquées sur une fourchette. Je n'arrivais pas à bouger d'ici, incapable de faire face à ce que me réservait cette nuit. Au dehors, l'hiver soufflait du givre sur la terre. Il battait les carreaux et les glaçait pour qu'ils fassent partit de son royaume de nuit et de froid. Du vent, de la glace, des bourrasques chargées de neige se jetant sur tout ce qui se dressait dans le soir trop tôt tombé ; voilà quels étaient me seuls compagnons. Je fixais la fenêtre voilée d'un rideau en dentelle qui perçait le mur en brique du salon, comme si à travers ses motifs abstraits, je pouvais déceler quelque chose. Une lumière peut être. Une réponse, sûrement. De l'espoir ? Bien entendu.
























10-10-2012 à 11:17:32
Il fait jour, mais tu marches quand même entre les rangées de tombes. C'est absurde, ces cadavres bien alignés, enterrés les uns à côté des autres dans une sorte d'ordre maniaque ; stupide, vaniteux. Mettre de l'ordre dans la mort ? C'est une illusion. Tu aurais presque envie de rire de ces jolies allées bien propres, désherbées, austères dans leur habits de terre sèche réduit en poussière, de terre bistre et nue, dénaturée pour donner l'impression d'une certaine cohérence, d'une illusoire maîtrise de la... Décomposition. Mais non. Ils pourrissent, tous en ligne, et ça n'y changera rien, ces pierres qu'on leur plante au dessus de la gueule, ni les boîtes sèches et étriquées dans lesquelles on glisse leur corps rigide, froid. On ne leur fait même pas la faveur de les laisser se défaire dans la terre, pour donner quelque chose de concret, plutôt qu'un tas de chair putréfiée, des os, puis de la poussière
17-10-2012 à 20:43:22
Les lumières tanguent, les ombres dansent. Le monde en perdition oscille autour d'Elle, rongé par ses ténèbres qui rampent et s'écoulent, le noient de leurs flots sombres. Comme une encre s'épandant hors de sa bouteille en de longues et paresseuses traînées de noirceur, peu à peu, elles avancent et engloutissent le bleu du papier peint. Bandes blanches bafouées, sagement plaquées sur le mur aux côtés des lignes indigos. Pétales secs tourbillonnant dans la pièce ; les ventilateurs font danser ces tâches brunes, amarantes, dans l'air saturé de lumière. Luminosité jaune et sale, qui éclabousse la chambre comme un jet d'urine. Elle se gondole et tente de s'échapper, se débat vainement, tandis que les ombres la boivent. Elle ne peut pas se défaire de cette étreinte. Il n'y a pas de fenêtre, et la porte est fermée. Toute de plastique gris, elle tremble... Hurle. Grince. Fond. Dans la chaleur infernale, elle se fait une cire terne et glauque.
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