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01-01-2014 à 20:41:03
✥ Nom : Kaligan.
✥ Âge : 23 ans.
✥ Ville/région : Originaire de Bauge, fils d'un bourgeois vivant près des montagnes, il est néanmoins tombé littéralement amoureux de Cerf. Ses paysages, sa côte... Même Bourg-de-Castelcerf, qu'il parcourt souvent comme si il se trouvait à Jamaillia, avec un ravissement qui en laisserait plus d'un septique.
✥ Classe sociale : Bourgeois.
✥ Profession : Scribe.


Stats

✥ Magie : 8.
✥ Force : 8.
✥ Précision : 4.
✥ Endurance : 8.
✥ Intelligence : 10.
✥ Perception : 4.
✥ Charisme : 8.




Le Royaume et vous...

✥ Êtes-vous originaire des Six-Duchés ? Bien sûr. J'aurais aimé venir d'un endroit plus exotique, comme le Désert des Pluies par exemple, mais j'aurais peut-être plus de plaisir à découvrir ce dernier en venant des Six-Duchés, que j'en aurai éprouvé de visiter les Six-Duchés alors même que j'étais originaire cette belle jungle ?... Pardonnez-moi, je parle trop.
✥ Ah ? D’où venez-vous exactement ? De Bauge, tout près des montagnes... C'est une belle région, vous savez, propice à l'enfance. On y trouve moult ménestrels pour habiter les nuits de cent rêves fabuleux, et les nomades qui conduisent leurs troupeaux font de bons compagnons pour les jeunes fugueurs !... Ah, certes, j'en dis trop, encore. Désolé.
✥ Êtes vous sensible à la politique des Loinvoyant ? Les Loinvoyants ?... AH ! En effet, nos souvenirs ! Pardonnez moi, j'avais un instant... Oh, rien. Il m'en cuirait de dire ces choses là. ( Il m'arrive parfois d'oublier que je fais partie d'un royaume, voyez-vous. )
Disons que la politique ne m'intéresse pas vraiment. En tant que scribe, j'y ais souvent affaire, mais il me semble que les informations passent entre mes deux oreilles pour aller se perdre dans quelque sombre néant. Néanmoins, j'ai retenu d'elle son hostilité envers les Vifiers... Ces choses là ne me plaisent pas. Faut-il vraiment que ce soient d'elles dont je me souvienne justement ?! Sûrement ais-je encore un instinct de survie, profondément enfouie, pour ne retenir que ce qui me concerne directement... Mais je préférerai enregistrer d'autres nouvelles, comme par exemple, les incroyables formules alambiquées qu'affectionnent Dame Absinthe pour reprocher tant et si bien son absence à son fils, Sire Orage. Voilà qui ferait de bons commérages aux cuisines ! Pour peu que j'ai la témérité de parler dans le dos de mon noble ami... Mais je m'égare, veuillez m'excusez.
✥ Peut-être ne vous intéressez-vous pas à ces choses-là, mais quel Duché a votre préférence ? Que sais-je ! Ne me suis-je pas découvert une passion pour Cerf, malgré mon enfance en Bauge ? Une chose est certaine, Labour n'a pas ma préférence. Mais si jamais il me venait l'idée d'aller jusqu'en Bearn, puis, grands dieux, en Rippon ? Je ne connais rien de ces Duchés, et grand bien me ferait d'y porter mes pas... Cependant que j'ai ma place au château, le monde attend ! Ah, que ne suis-je pas scribe itinérant.
Pour le moment, Cerf restera mon amante, tandis que Bauge jouera le rôle de mère à mes yeux. Je ne brûle que de me découvrir d'autres amours passionnés ! J'ai bon espoir que Sire Orage m'envoie en Rippon près de sa mère, un jour... Néanmoins, je gage que rien de tout cela ne vous intéresse, et je m'afflige d'emplir tant vos oreilles.
✥ Que pensez-vous de nos voisins ? Quels royaumes avons nous pour voisins ?... Taisez le, mais il m'est trop familier de mélanger toute les informations, quand je ne suis pas face à une feuille. Bien, alors... Les Montagnes, bien entendu ! Un beau royaume m'a t'on dis, qu'il me plairait de visiter ; il semblerait que j'y ais des ancêtres, et cela serait dés lors légitime, n'est-ce pas ? De plus, j'apprécie grandement la notion d'Oblat, et l'humilité dont font preuve ces deniers. Néanmoins, je suis hostile à leur rejet des enfants anormaux. Ma jeune soeur n'aurait pas eut droit à la vie en ces terres rudes ; or, sa présence nous a toujours été une grande joie, et je l'aime de tout mon coeur. Je ne peux que remercier mes ancêtres de s'être établis de l'autre côté des montagnes, et d'avoir enfantés à leur ombre plutôt que dans son ventre si exigeant.
Je me souviens aussi, tout à coup, de Chalcède. N'y pratique t'on pas l'esclavage ? Si proches de nous...!, et pourtant, si différents. C'est un pays sinistre paraît-il, je n'aimerai pas m'y rendre. Mais si un jour je mène à bien mes rêves, et trouve le courage de tout quitter pour marcher jusqu'au Désert des Pluies, j'y passerais sûrement. De là-bas, la mer s'offrirait à moi... Je voguerai jusqu'à Jamaillia ! Et plus loin encore, au delà de l'horizon, pour faire crisser le sable du sud lointain. J'ai tant lu sur ces contrées... Peut-être y verrais-je un de ces enfants pâles dont parlent les Écrits Blancs ? Doux songes...
Quant aux Outriliens, je ne suis pas certain qu'on puisse les considérer comme des voisins, mais ils portent leurs bateaux jusqu'à nous très souvent, et bien des gens de Cerf en ont du sang dans les veines. SI je trouve leur culture passionnante, et suis notamment intéressé la place qu'on y réserve aux femmes, je dois m'avouer plutôt effrayé par eux. Leurs raids font beaucoup de mal, et cette sordide histoire de Forge... Pourquoi n'ont-ils pas continuer à commercer paisiblement avec nous, pour le bien de tous ? Cet amour de la guerre me dépasse.
Cependant, je m'avance trop, la question n'était sûrement pas si large ; je suis navré d'en dire toujours tant...
✥ Vous considéreriez-vous comme un grand fan de la famille royale ? Assurément pas. J'ai un grand respect pour eux, assumer la charge de tout un royaume me semble une tâche bien pesante, mais leur Art me fait froid dans le dos. J'ai lu ce qu'on pouvait en faire, et si jamais un Loinvoyant décidait d'espionner le peuple avec cette magie, il trouverait vite les Vifiers qui en font partie... Que ferait-il alors ? Cette perspective me fait froid dans le dos. Je n'ai pas une totale confiance dans le roi Juste, je dois bien l'avouer. C'est un bon roi, mais sa haine du Lignage m'inquiète beaucoup ; heureusement, Dame Prudence est à ses côtés pour le modérer. Comme le veut la coutume, son prénom l'honore d'une vertu hélas trop rare chez les puissants. Nos rois ont toujours été guerriers, ils ont le sang chaud. Nôtre seul espoir pour les modérer ? Leur Reine. Dame Prudence saura nous préserver de décisions trop irréfléchies... Je l'espère.
✥ Pourquoi ? Tout est dis. Pour une fois, je ne m'étalerai donc pas.
✥ Au fait, vous avez un titre ? Sire Orage m'a surnommé "Maître Plume" car j'aime ramasser celles que je vois dans le rue. Ce doit être mon seul titre... Je ne suis pas le premier né, c'est donc mon frère qui héritera du domaine familial. J'en suis plutôt heureux, car toute ces charges qu'il va devoir assumer me font horreur ! Je préfère être libre de faire ce que je veux. On offre notre petit fief à Selivan, tandis que ma liberté me laisse le monde entier. Le choix est vite fait.
Je regrette juste que, Tamara demeurant en Bauge, je ne puisse la voir plus souvent... Elle me manque.
Mais tout cela est encore bien trop, ne m'en gardez pas rancoeur, je parle toujours à outrance.



Physique ~

✥ Yeux : D'un gris bleuté terne, clair comme un ciel par temps de bruine.
✥ Cheveux : Châtains et mis-long, invariablement embroussaillés malgré quelques efforts pour les discipliner. ( Être un scribe et avoir les cheveux longs ? Il l'a fait. Vénérez le. )
✥ Silhouette : Grand et fort, Bartholomeï a du coffre et une carrure certaine. Si on ne l'avait pas trouvé scribe, il aurait fait un garde parfait. C'est un rude gaillard, épaules larges, bien musclé, qui pourrait se reconvertir en marin ou en ouvrier si l'envie lui en prenait. Son père comme sa mère sont du même acabit, et Bartholomeï n'a pas été un enfant sage contrairement à ce qu'on pourrait penser en le voyant désormais. Il a grimpé partout, passé son temps à courir et s'entraîner à l’épée ; bien inutilement, mais avec une fougue à en faire pâlir plus d'un. Son adolescence n'a été qu'un déchaînement d'énergie, autant physiquement que psychologiquement. Il a dévoré les livres autant que les mètres sous ses pas, jamais posé, jamais calme. Un véritable enfer ambulant.
Aujourd'hui encore, il lui arrive de s'entraîner au maniement des armes, sans raison particulière semble t'il. Il touche un peu à tout, toujours extrêmement sérieux, studieux... Et volubile, n'approfondissant rien du tout. Le maître d'arme de Castelcerf le connait bien et le laisse volontier lui prendre une ou deux armes pour quelques heures, quand l'envie lui prend de manier du fer et pas seulement des plumes.
Plus en détail, soyons rapides : il mesure un mètre quatre vingt pour une dizaine de kilos de plus que sa taille...( Mais que de muscles mesdames, profitez-en. \o/ ) Et là dedans, il doit y'en avoir au moins un consacré à ses poils. Cheveux, barbe et tout le reste compris, Bartholomeï est un peu le cauchemar de toute femme amatrice de peau glabre. Outre sa peau mis à mal par les vents de Castelcerf -Bartholomeï passant un temps déraisonnable à marcher sur la plage, quand il n'est pas penché pour écrire des lettres-, il est assez poilu pour effrayer les pucelles. Jambes portées disparues sous des poils bouclés, pieds eux même touchés par la dérive de ceux-ci ; ne parlons pas de son torse.
...
Certes, ne regardez pas non plus ses épaules.
✥ Habitudes vestimentaires : Il n'y a pas grand chose à dire. Bartholomeï n'est pas frileux, alors malgré les vents de Cerf, il ne porte pas grand chose, même en hiver. En fait, il aime avoir froid... Aussi étrange que cela puisse paraître.
On jette généralement un regard septique en le croisant dans les couloirs. Outre ses yeux dans le vague et sa tendance à se prendre des portes, des murs, voir des gens, il dénote de par son habillement outrageusement simple. Des tuniques sans apparats, variablement blanches, noires, grises, brunes ; fades, ternes, associées à des braies lassées ou pas selon son envie. Il ne porte que des bottes. Autant dire que Bartholomeï ne peut pas être présenté à la noblesse sans qu'on l'ait forcé à acheter quelque chose de décent avant... Et encore faut-il lui faire passer le message en insistant, sans quoi il ne comprendra pas ce qu'on lui reproche. Une fois cela fait, il se confondra en excuse, tentera de faire mieux... Tentera. Puis oubliera, après quelques temps. Il faudra recommencer. Encore et encore. Même Sire Orage n'a pas réussit à le marquer durablement ; cela ne viendra probablement jamais.
Quand on parle de l'habillement de Bartholomeï, c'est toujours pour souligner un manque de goût effarant, ou un sérieux problème avec les convenances. Il est devenu une référence en la matière, dans le château.
✥ Autre ? Une barbe épaisse, qu'il n'a pas l'air prêt de couper. A quand des poils pendants ? Ce ne devrait pas tarder, à ce rythme. Il n'a daigné se raser que trois fois dans sa vie, mais à intervalles plus ou moins grands. Cependant depuis un peu plus d'un an, ses joues n'ont pas connu la caresse du vent autrement qu'à travers sa barbe.
Rien de plus marquant chez lui, malgré tout, que son air absent quand il marche. Il semble vivre dans un autre espace-temps, complètement détaché de la réalité standard à l'intérieur de laquelle évolue le reste du monde. Quelquefois, Bartholomeï à l'air d'un zombi. Les chairs décomposées en moins, mais l'expression hagarde parfaite collée sur le visage. C'en est presque gênant... Mais une fois arrêté, quand on lui parle face à face, il redevient un humain à peu près normale.



Caractère

« Mes amis disent que je suis… » trop tête en l'air, légèrement fou, drôle, souriant, exagérément bavard, insupportablement passionné par tout et n'importe quoi, d'une curiosité innocente mais parfois fatigante, épuisant, trop énergique, enjoué, affectueux, complètement déphasé, gentil, studieux, brave, inconscient, étrange, surprenant, paradoxale, rêveur, imaginatif, trop maladroit... Trop poilu.
« Mes ennemis me trouvent… » insupportable, stupide, irritant, hyper-actif, pas assez prévenant, niais, louche, cinglé, négligé, totalement inconscient des usages de la cour, trop proche de Sire Orage, trop plongé dans mes livres, trop paradoxal, trop... Tout le temps "trop" quelque chose, ou bien pas assez. Jamais normal, toujours excentrique. Chiant par défaut. J'angoisse les gens, je les perturbe. Je suis si différent d'eux... Ma présence les met mal à l'aise.
« La première impression qu’on a de moi, c’est… » que je suis grand. Et étrange.
« En société, je suis... » très énergique, bavard, souriant. Je passe pour être de compagnie agréable, mais plutôt épuisante. Généralement, on me fuit en fin de journée : quand tout le monde est abattu et fatigué, je suis encore fringuant. Pour dépenser mon énergie, je vais souvent visiter les tavernes de Bourg-de-Castelcerf, y payant des tournées, chantant quelques chansons, ou cherchant de la compagnie ; mais je n'y passe pas forcément la soirée. Sire Orage se lève parfois brusquement, et me demande d'écrire des lettres au milieu de la nuit. Il est très inconstant, et malgré notre amitié profonde, sur laquelle caquette plus d'un serviteur, s'énerve fréquemment pour des raisons futiles. Quoique irascible, c'est un homme bon, et une compagnie inestimable à mes yeux. Je lui suis indispensable, car peu de gens supporteraient ses sauts d'humeur et sa manie de me sortir du sommeil ; il m'est indispensable, car sans lui, je me laisserais tenter par la folie d'un voyage aux confins du monde connu, sans plus réfléchir.
« En privé, je suis… » exactement le même, mais plus affectueux et attentionné... Surtout avec les femmes. Je pense pouvoir dire que Tamara en est la cause, car j'ai toujours été très prévenant et protecteur envers elle. Sa maladie l'a rendant très fragile, Selivan et moi étions ses seuls remparts contre le monde extérieur. Elle a toujours su qu'elle n'était pas comme nous, mais nous l'entourions d'amour pour que la peine ne supplante pas sa joie de vivre. Je suppose que cela explique ma grande prévenance envers les femmes, alors que je suis si sourd au reste du monde la plupart du temps.
« Ma plus grande peur, c’est… » de ne jamais réaliser mes rêves. Avant de mourir, j'aurais alors l'impression que ma vie a été vaine et dénuée de saveurs.
« Ce que je déteste… » pardessus tout, c'est ne pas sortir de la journée. J'ai beau être scribe, passé mon temps dans une pièce, penché sur une feuille, enfermé, me fait horreur. Je ne supporte pas l'isolement, j'ai besoin de sentir la vie et la nature autour de moi.
« Ce que j’aime… » c'est sentir le vent secouer mes vêtements, tenter de m'arracher les cheveux, éprouver ses claques gelées contre ma peau. Me baigner dans les embruns salés de la mer, plisser les yeux à cause de l'air iodé, avaler de grandes goulées d'air frais avec le sentiment d'être vraiment vivant. Sentir que tout fonctionne dans mon corps, que je puis encore en faire ce qui me plaît ; que du jour au lendemain, je puis décider de ne plus être scribe, pour devenir quelqu'un d'autre aux yeux du monde. Ce que j'aime, c'est la chaleur d'une femme à mes côtés, les caresses que nous nous rendons au creux d'un lit. L'odeur de son corps, la texture de sa peau, de ses cheveux, et tout, tout... Tout ce qu'elle est, peut importe sa beauté, peut importe qu'elle soit douce ou rêche sous mes mains, abîmée par une existence rude ou poudrée, soyeuse, comme une noble dame. Pouvoir fermer les yeux, quelque part, et sentir le Vif partout autour de moi, parcourir les couloirs de Castelcerf en explorant secrètement les ombres et les passages secrets... Sans voir le monde tel qu'il l'est aux yeux de non-vifiers. Laisser errer mes sens au delà des murs du château, parfois, et suivre les mouettes, ou bien... C'est cela que j'aime. J'aime vivre. Plus que tout.
« Si j'avais un rêve... ? » J'ai un rêve. Je veux voyager. Voir tout ce que les Six-Duchés ont à m'offrir, puis aller au delà. Je veux visiter les pays exotiques dont parlent les légendes et les marins. Je veux me sentir stupide et barbare en marchant dans rues de Terrilville, puis ignorant de tout tandis que Jamaillia s'offre à mon regard. Je veux rencontrer des animaux qui parlent différemment de ceux que je connais déjà, apprendre encore mille chose sur la faune des pays qui me sont inconnus, et voler ! Voler parmi les vagues de l'océan ourlées d'écume, sur un navire, peut m'importe lequel, ce qu'il fait, où il va. Je veux descendre plus loin au sud que n'importe qui d'autre, puis remonter pour aller au plus profond du nord, au delà des Crêtes Peintes, dans les contrées gelées où ne voguer que des glaces éternelles. Je veux en savoir plus sur les autres sociétés, innombrables, passionnantes, pour avoir le droit de repenser le monde afin qu'il soit meilleur ; mais aussi m'enfoncer dans la sauvagerie pour éprouver mes sens. Je veux trop. Je veux la Passion. Je ne veux pas d'une existence morne et insipide. Je veux que chaque jour soit différent de l'autre.
J'ai un rêve, et il attend. Quelque chose... Je ne sais pas vraiment quoi. Il attend.



La magie et vous...

… ça fait deux ? Non. Mon frère et moi avons la même sensibilité au Vif ; elle est primaire. Nos parents ont toujours veillés à nous élever dans le respect des traditions du Lignage, mais ils nous ont laissés découvrir seuls nos limites. J'explore ma magie par accrocs, n'osant faire de bond trop brusque... Pour cette raison, je n'ai toujours pas de Compagnon. Quand j'aurais acquis une plus grande connaissance personnelle du Vif, que je me pencherais vraiment sur les possibilités qu'il m'offre, peut être me sentirais-je prêt pour commencer ma quête... Cette fois-ci, je saurais faire les choses bien. Sans me précipiter.
Êtes-vous sensible à l’Art ? Non. Je ne sais pas. Peut être l'ais-je déjà ressentit, sans jamais en avoir conscience ? J'ose espérer que personne n'a fouillé mes pensées... Mais qu'en sais-je ?
→ Le pratiquez-vous ? écrire ici
→ Comment l'avez-vous découvert ? écrire ici
→ Avec-vous un maître ? écrire ici
→ Un clan ? écrire ici


Et le Vif ? Oui. J'ai même ressentit la présence de quelques Vifiers dans le château, mais je n'ai pas osé les approcher. Font-ils partie du Lignage, ont-ils conscience de leur don ? Je préfère rester prudent.
→ Comment l'avez-vous découvert ? J'ai toujours su que je le possédais. Mes parents me l'ont expliqués dans ma prime jeunesse, et nous l'avons expérimentés, Selivan et moi, ensemble.
→ Le cachez-vous ? Oui. Je suis trop conscient de l'hostilité qu'on manifeste aux Vifiers. Plus que pour moi, c'est également pour ma famille que j'ai peur : si on découvre que je possède le Vif, on soupçonnera également mon frère et mes parents... Ainsi que Tamara, bien qu'elle en soit dénuée. Je ne peux pas assumer ma magie sans les mettre en péril. Bien que j'en souffre, la situation étant ce qu'elle est, il est mieux pour tout le monde que je sois frustré mais insoupçonnable.
→ Avez-vous un compagnon ? insérez le nom, la race de l’animal… et une petite description si vous le souhaitez, écrivez ici
Je n'ai pas encore de compagnon, je ne me sens pas prêt, contrairement à mon frère qui a déjà trouvé le sien. De plus... Le souvenir d'une perte m'est encore trop douloureux. Quelles bêtises fait-on, quand on est enfant... Parfois, si cruelles de conséquences.

Que pensez-vous des fidèles du prince Pie ? Ils sont trop violents, et inconscients. Leur action n'aide en rien les Vifiers à gagner la confiance du peuple. Or, c'est du peuple dont nous devons quêter le soutient, plus encore que celui du roi. Par leur faute, on pend et brûle des membres du Lignage, ou des Vifiers qui ont à peine conscience de leur magie... Ils ont le sang des innocents de nos deux camps sur la conscience. Celui des non-vifiers, et celui de nos frères.
Et des membres du Lignage ? J'en fais partie. En prenant du recul, je trouve qu'ils sont trop rigides et conservateurs. Néanmoins, leurs apprentissages sont précieux et selon moi nécessaires. Ne pas les prendre en compte, expose les Vifiers à de grandes douleurs et incivilités ; eux ainsi que ceux qui sont dénués du Vif, d'ailleurs. De plus, savoir que je ne suis pas seul et que je peux compter sur le soutient de mes pairs est rassurant. Je ressens une plus grande appartenance au Lignage qu'au royaume ; nous sommes un peuple à part entière, tandis que la Terre est la même partout.
Que pensez-vous des autres formes de magie ? J'ai peur de l'Art et de ce qu'il permet. C'est une magie qui me semble insidieuse et traîtresse, une alliée des tyrans. Nous avons grande chance que nos souverains aient toujours fait bon usage de cette magie, et j'admire leur dévouement à protéger le royaume. Malgré l’animosité du roi Juste envers les Vifiers, je ne peux que loué son courage : il s'entraîne d'arrache-pied, suant sang et eau, pour affiner son Art et défendre les Six Duchés. Je pense que l'Art est un outil dangereux, au même titre qu'une épée, ou qu'une hache. Entre les mains des Loinvoyants, il est cependant au service des Six-Duchés, tout comme les armes des soldats... Reste que je m'en méfie.
Les autres magies ne me semblent pas dangereuses. Ce sont des dons utiles qui améliorent la vie du peuple, et lui sont donc bénéfiques ; je ne peux que leur être dés lors favorable.
Cependant, je n'apprécie pas que les Sorcières des Haies fassent le commerce d’amulettes pour repousser les Vifiers. N'ont-elles donc aucune tolérance ? Elles devraient pourtant comprendre, elles qui sont si proches de la nature. Celles parmi cette communauté qui s'abaissent à de pareilles vilenies ne méritent pas même leur titre.
Avez-vous des magiciens, des artiseurs ou des vifiers dans votre entourage ? Mes parents, grands-parents, mon frère ainsi que d'autres membres de ma famille possèdent le Vif. Je sais que le château compte quelques Vifiers, cependant, je n'ai pas cherché à savoir qui ils étaient.
Je ne connais par contre d'autres Artiseurs que ceux qui se trouvent à Castelcerf. A ce qu'on dis, de potentiels Artiseurs vivraient partout dans les Six-Duchés et les Îles d'Outre-mer, cependant, n'étant pas sensible à l'Art, je ne puis savoir si j'ai déjà côtoyé l'un de ceux là.
Pratiquez-vous une autre forme de magie ? Non, et je n'ai jamais cherché à le faire. Ma lente exploration du Vif me suffit.



Histoire ~

La vie de Bartholomeï, c'est un peu compliqué. C'est long. C'est plutôt triste. Veut-on vraiment écouter ça ? Il y'a des histoires plus gaies, mieux contées. Cette vie là ne vous fera pas rêver. Elle est pleine de douleurs, de désillusions. Elle a laissée un goût doux et amère à celui qui l'a vécut. Comme un rêve dont on se réveille en pleurant, bêtement, sans se souvenir pourquoi... A ceci prêt que Bartholomeï se souvient, lui. Il n'a pas oublié ce genre chose. Les larmes, les rires, les questions, si nombreuses... Tout est encore là, au fond de lui. Ces peines et ces joies l'ont construit. L'enfant qu'il fut à créer l'adulte du présent ; tout autant, il aurait pu n'aboutir à rien de plus qu'un jeune cadavre.
Bartholomeï a pris trop de risques. Il a contesté trop souvent. Cherché trop de liberté... C'est joué des règles, se pensant invincible. Il a fait du mal à ses proches, il s'est fait souffrir seul. Son histoire n'a rien de drôle. Si vous escomptiez un récit riant, passez votre chemin.
Vous ne trouverez ici que regrets et nostalgie.

◆◆◆◆◆◆◆◆

L'air est glacial, lové autour de lui. Il forme des bourgeons qui lui éclatent à la figure, répandant au milieu du vide des relents d'hiver ; c'est une floraison de bourrasques sèches et froides, qui rasent la peau de si près qu'elles en font du vieux cuir avant l'heure. Des feuilles de vent, des pétales invisibles, des épines qui tournent, traversent et passent leur chemin. Des roses de l'automne mourant, qui annoncent l'hiver en se dévoilant brusquement au visage de qui veut bien se laisser envelopper de leurs violentes douceurs. Il se laisse excorier, immobile, tendu de tout son corps pour ne pas laisser échapper à ne serais-ce qu'une tendre claque. Chaque baisé sauvage sur sa peau rosée lui est un plaisir ineffable. Il en demande plus, obstinément bandé en un seul effort, les poings serrés, le souffle court, presque semblable aux soubresauts d'un agonisant.
Le vent ne lui permet de respirer que par à-coups, bridant les élans de ses poumons, affolant son coeur dans sa poitrine... Il ne palpite plus, de tout son être, qu'entre deux submersions dans le souffle éternel du ciel. Autour de lui, tout n'est qu'infini. Le monde et l'instant n'ont pas de fins. Tout est sans limite, plus beau et plus sauvage qu’auparavant. Il ne sent pas le Vif, perdu dans les bourrasques glacées : il en est une flammèche attisée, qui s'étire et se tord, s'enroulant dans l'air en d'absurdes gondolements, détachée du feu qui lui a donnée naissance, solitaire, insignifiante. Une éternité passe où les étoiles s'éteignent les une après les autres. Les montagnes s'écroulent sur la terre stérile en soulevant des déserts de poussière grise, les gouffres se joignent, faisant des fractures innombrables une seule grande plaie sèche, si vaste, si affamée... Le monde disloqué se défait silencieusement dans le vide noir où brûlent les dernières étoiles agonisantes.
Tout se meurt. Le Vif disparaît, happé par les ténèbres, les déserts, le silence.
Bartholomeï ouvre les yeux.
Le monde est encore là. L'herbe est grisée quand le vent roule sur elle en lui volant des brins le temps d'une danse enivrante. Le soleil, depuis son écrin gris de nuages, déverse sur la plaine une pâle clarté dont les montagnes immuables se gorgent, pour faire étinceler leur couronne de glace dans les hauteurs du ciel. Rien n'a changé. Bauge est la même. La Terre également. Autour de lui, le Vif fluctue, follement. Libéré du vent, il le sent. S'y perd, autant que dans une bourrasque aux caresses effrénées.
Il se laisse tomber dans l'herbe, s'y vautre. Le vent lui passe sous le nez, l'ayant déjà oublié. Il reste muet, gelé et rougis. Il se sent vide et vain, seul dans une monde trop vaste. Tandis que le Vif se débat et grouille autour de lui, que toute être se précipite sans le savoir vers le temps des choses figées en une décadence imperceptible, il se languit d'une présence pour habiter le gouffre béant à côté de son coeur, ou de son âme, ou... Ce gouffre, quelque part. Creux, il fixe le ciel. Son Vif se répand partout, à la recherche de quelqu'un qui le comprenne. Il perçoit les moutons des nomades, les petits rongeurs des prairies. Des oiseaux, des serpents, des insectes... Ses parents, au loin, qui arrivent déjà.
Il aurait dû courir encore, aller plus en avant vers l'ouest. Jusqu'à la Froide. Puis là-bas... Faire quelque chose, peut importe quoi. Nager. Se noyer. Tenter de grimper. Tomber. Longer les rives pour s'immerger dans les eaux de Lac-Bleu. Ne jamais en sortir... Devenir un poisson. Une algue. Se mêler au fond boueux pour tenter de comprendre un peu, en quoi vivre était si important.
<< Personne n'arrive à me l'expliquer. Je veux savoir. Pourquoi la vie ? Pourquoi le Vif ? >>
Il regarde le ciel, aveugle à son coton grisâtre. Fouillant sa mémoire pour tenter de composer une réponse, en assemblant toute celles qu'on lui a stupidement servit. De vagues chimères, absurdes, qui s'évanouissent à la moindre tentative pour s'en emparer, et faire ces idées siennes... Il les observe, démantibulées d'un frôlement, retourner au néant pour y trouver un repos éternel. Le ciel, devant ses yeux, est un calque salis par les nuage qui y défilent indolemment. Le monde tente de le rappeler. Il rabat ses paupières pour lui signifier son refus, se ferme au Vif. Le monde disparaît presque.
Bartholomeï a l'impression d'être devenu infirme. Sourd, aveugle ; amputé d'un autre sens, qui n'a pas d'autre nom que "Magie". Il se terre dans l'ombre qui couvre ses prunelles, se recroquevillant au milieu de l'herbe fraîche. Sans le Vif, la solitude est écrasante. Il ne sent plus rien. Juste la caresse de l'herbe et le frôlement du vent. Couché sur le côté, l'insistance du soleil à lui faire ouvrir les yeux devient dérisoire. Si peu, tout à coup. C'est donc ainsi que vit Tamara ? Se sent-elle toujours si démunie et abandonnée ? Il se promet, à son retour, de lui signifier que non, il est là, avec elle et... N'est-ce pas faux ? Où est-il, en cet instant ? Pas auprès d'elle.
Il cherche un sens à tout ça. A ses os emboîtés, à sa peau frémissante, à ses poumons qui, quelque part, se froissent vaguement, à ce coeur qui bat, encore, à jamais, depuis toujours... Pourquoi ? Huit années. Il cherche un sens, nonobstant les heures d’insouciance propres à ses huit années.
Peut être n'aurait-il pas dû s'échapper. Laisser Tamara, seule... Non, Selivan est avec elle. Tout le temps. Il a compris avant lui. Selivan comprend toujours tout avant lui. Du haut de ses onze ans, il a appris assez pour avoir toujours une longueur d'avance. Selivan ne fait pas de scènes et se plie aux règles. Selivan est un enfant modèle, et l'héritier du domaine familial, du commerce, de tout... Tamara, elle, est juste une petite fille. Elle en restera toujours une. Elle ne sera jamais femme. Ne portera pas d'enfants, ne sortira pas de Bauge, n'entendra jamais les voix qui murmurent avec le Vif, vivra toujours dans la maison familiale, incapable de quoi que ce soit, diminuée mentalement... Tamara, cette petite boule blonde innocente, la gentillesse même. Elle sourit beaucoup ; tout le temps. Elle est butée, et a peur du changement. Tamara est différente de lui, de Selivan, et de tout les autres enfants. Elle n'a pas le Vif, certes, mais cela va plus loin encore. Son visage, et ses gestes, ses expressions... Il n'y a pas de mot, ou aucun que Bartholomeï connaisse, pour la désigner. Tamara est malade, simplement, et elle le sera toute sa vie. C'est pour cela qu'il faut prendre soin d'elle.
Et ne pas l'abandonner. Jamais. Non. Plus jamais... Mais partir, quelques jours. Il peut le faire, n'est-ce pas ? Car qui est-il, lui, entre Selivan et Tamara ? Que doit-il être ? Bartholomeï, indiscipliné, affamé de réponses à des questions séculaires... Tout ça le mènera t'il quelque part ? Il se retourne, sur le dos.
Ouvre les yeux. Au dessus de lui, deux ombres cachent le soleil. Le Vif revient l'irriguer de sensations. Il peut percevoir toutes ces choses qui lui sont invisibles sans lui... Les compagnons de lien de ses parents sont là eux aussi. Il tente de ne pas avoir peur. Tique légèrement. Ses yeux cherchent le ciel gris, pour s'y fixer. Triste tentative pour s’insuffler du courage. Insolemment, il reste couché.


-Désolé. Je ne savais pas encore si j'allais rentrer. Laissez moi revenir seul la prochaine fois.
Il ne sourit pas. Il ne leur cache pas : ce n'est pas sa dernière fugue. Seulement la première.
En tentant de ne pas craindre les punitions, les coups peut être, Bartholomeï reste fixé sur le ciel, environné du Vif.
Toujours si seul, au milieu du grouillement...
Mais la prochaine fois, il trouvera ce pour quoi il a quitté le domaine familial.
Un sens à sa vie. Des réponses.
Une présence.
<< Je trouverai mon compagnon moi aussi. Mon âme soeur. Et elle donnera un sens à tout ça... Et elle me fera comprendre les choses. Je la trouverai. >>


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Certaines choses sont immuables
Toujours cette même plaine. Les montagnes n'ont pas bougées depuis la dernière fois. Le vent n'a semble t'il jamais quitté ces parages, toujours froid et violent, à jamais amant de l'herbe fébrile. Rien n'aurait donc changé, depuis pourtant une année ? Non. Bartholomeï lève les yeux au ciel ; et constate, tout à coup... Plus de plomb gris pour cacher le soleil. Quelques monstres blanchâtres, moutonneux, dans l’immensité des cieux. Rien de moins. La chape disparue, ne s'offre plus au regard qu'une vaste étendue bleu, désespérément semblable aux prunelles de Selivan... Il ne soutient pas cet azur pesant ; c'est comme ployer sous les regard accusateur de son frère. Toujours si mesuré, si piètre à se débrider pour enfourcher la folie ne serais-ce qu'un instant, galoper vers ses passions ardentes sans leur opposer de frustrante pondération. Incapable de laisser libre court, dans un accès de démence juvénile et de ce fait légitime, à ses secrètes envies. Selivan ne demande pas plus que ce qu'on lui donne. Il se contente de savoir où le mèneront ses pas, sans chercher à glaner d'autres plaisirs que ceux qu'on lui a promis. Ne faut-il pas être une âme insipide pour ainsi laisser s'en aller l'existence, en suivant stupidement un chemin déjà tracé à son attention ? Bartholomeï ne comprend pas ce désir de bien faire aux yeux des autres. Lui qui veut toujours des réponses à tout, lui qui cherche la satisfaction dans tout les aspects de sa vie, lui qui rêve d'un monde et d'un avenir qu'on ne lui réserve pas, si preux à courir après ses songes d'enfants, pour les serrer dans ses bras en tentant de les retenir ; mais de prendre conscience, que dans sa ferveur de les préserver, il n'a fait que les étouffer un par un d'une étreinte démesurée... Les chimères rassurantes dont la fresque fantasque lui faisait rêver mille merveilles pour sa vie, mortes contre son torse, déjà réduites en poussières grises tandis que la réalité lui impose une vérité dont il ne veut pas voir les bornes douloureuses imposées à son âme éprise d'horizons infinies. Il a erré dans son existence, pendant une année, constatant la mort de chaque rêve doucement bercé au creux du lit, chaque rêve misérable qui alimentait ses sourires, ses jeux d'enfants, justifiait ses colères et faisait briller quelque chose dans ses yeux, cette brave joie enfantine qui ne souffre pas de désillusions, cette joie stupide qui fait la vie si belle parfois. Un contentement où s'exprime toute la douce innocence des jeunes âmes qui papillotent doucement, des années durant, inconscientes et belles dans leur fine bulle d'illusions... Si tragiques, quand la bulle disparaît et que leurs ailes se consument. Elles tournoient, incapables de battre de ces membranes embrasées, confrontées au monde véritable ; faîtes cendres par cette forge incapable qui leur donne des ailes de fer, pour les empêcher de s'élever trop haut. Martelées par les marteaux, pliées, repliées. Les esprits libres n'existent plus tandis que sur l'enclume, on martèle l'âme choquée pour en faire autre chose, lui donner une forme que rien ne lui prédisait pourtant.
Les rêves ne sont qu'un amour de jeunesse. Grandissant, il fallait simplement constater leur agonie malgré l'acharnement si vain dépensé à tenter de les sauver de la mort, du néant. Bartholomeï l'a compris tandis qu'il s'échinait à les préserver du temps. Ils périssaient dans ses mains maladroites, flétris entre ses doigts, racornis, pitoyables. Grotesques et risibles, ils lui avaient fais horreur par leur fantaisie délirante. Il semblait tout à coup formidable d'avoir nourri de pareilles espérances avec tant de candide ardeur... Elles n'étaient plus rien qu'une poudre froide et terne dans ses paumes. Étais-ce là les passions qui l'avaient animées ? Il ne voulut pas y croire, alors même que son coeur crevé mourrait un petit peu, trahis par l'esprit même à qui il permettait de penser. Tout cela était trop drôle, et trop stupide. Il avait renié ces futiles croyances, se tournant vers le reste : la recherche du sens, le manque. Il s'était torturé avec ces motifs d'évasions pour ne pas pleurer sur ses illusions brisées. Désormais ? Il marche, espérant trouver cette fois-ci, à la fois une réponse et une présence. Comme si répondre à cette injonction puérile qui l'a conduit à la fugue, un an auparavant, pouvait maintenant combler cet autre vide béant.
Bartholomeï avance sur la plaine, la tête baissée. Est-il déjà top tard ? A t'il déjà perdu ses ailes pour ne plus être lesté que de deux battants de bronze inaptes à le faire voler ? Il serre dents et poings pour ne pas hurler... Le silence à un goût d'amertume, comme une vieille chose rance que la poussière a recouverte. Une saveur séculaire qui n'a pas sa place dans une bouche si jeune.
Autour de lui, tout est semblable au souvenir qu'il s'en fait. Le monde se moque de lui. Alors qu'il a tant changé ! Tant laissé derrière lui... Les choses, ici, sont restées les même. Toujours cette herbe gloussant des impudeurs du vent frivole, toujours ce Vif grouillant sourdement partout autour de lui, toujours la lumière habillant d'un éclat glorieux la cime des montagnes implacables.
Certaines choses sont immuables.
[g]<< Ma douleur est immuable. >>
Il cesse de marcher, à cette pensée. S'arrête, comme auparavant, mais cette fois-ci sans faire face au vent annonciateur d'hiver. Il s'assoit, laissant au bon soin du vide les bourgeons impalpables des bourrasques effrénées ; que ces roses glacées aillent se flétrir contre la roche des montages. Que lui ont-elles apportées de plus qu'un instant de plaisir singulier à résister à leurs froides épines ? Transpercé, caressé, embaumé de l'hiver par ces fleurs éoliennes aux voluptés glaciales, il avait cru à l'éternité d'une seconde tandis que le Vif se taisait pour laisser parler le vent. Mais ce n'avait été qu'un mensonge parmi d'autres : ses rêves sont morts, son enfance, bafouée par les cruautés cuisantes de la réalité. Il a grandis malgré cette illusion d'éternité consommée lors d'une résistance démente et délicieuse aux bourrasques si froides et si sèches... Grandis et souffert de ce constat : il n'est plus l'enfant d'hier.
Et le Bartholmeï de demain ne lui plaît pas.
De nouveau couché dans l'herbe tendre, de nouveau creux et sans réponse à sa simple question : pourquoi la vie est-elle si importante ? Pourquoi tant d'ardeur à respirer chaque jour ? Il fixe le ciel bleu, hanté par les ténèbres du gouffre toujours béant. Aucune présence n'est venue réchauffer ce vide qu'il porte près du coeur. Il continue de béer, glacial, comme une plaie jamais guérie où a glissé l'hiver.
Mais il persiste à chercher. C'est pour cela qu'il est ici, comme un an plus tôt. Une obscure folie lui fait croire à un signe, une réponse, qu'il ne trouverait qu'en ces lieux de vents et de vide. Sans autre raison que, c'est sur cette plaine qu'il a laissé libre court à ses premiers émois silencieux... Pourtant, rien. Malgré cette autre fuite, rien. Nonobstant ce piètre espoir d'un sens enfin trouvé, seule une même sensation d'être perdu au milieu d'un grouillement de Vif, insignifiant, embourbé dans l'ignoble marasme d'une chose trop vaste qu'il ne sait pas appréhender. Il attend... Car si ce qu'il cherche n'est pas ici, où alors ? Il s'est promis de trouver, mais soudain, le doute l'emplit. Le pourra t'il ? Devra t'il vivre encore longtemps dans l'attente d'une réponse ? Dans l'attente... D'une présence ?
Une présence.
Une présence.
<< UNE PRÉSENCE. >>
Le Vif a porté sa plainte. Jusque loin dans la plaine, dans les montagnes, dans... Le ciel. Quelqu'un l'a entendu. Un être libre et fier, aux ailes plus puissantes que celles que lui prêtaient ses rêves. Il n'a pas besoin d'espérances pour s'élever au dessus du monde, il n'a qu'à impulser un mouvement à ces merveilles emplumées amplement étendues, fendant l'air, se moquant des épines de l'hiver, domptant les bourrasques que lui, sot enfant, a affronté sans gagner plus que d'être soumis par elles. C'est un oiseau. Le maître des cieux.
Avant même de s'être touchés, corne sur peau, ongles dans sa chair tendre, ils sont déjà ensemble fondus l'un en l'autre. D'eux deux, l'un a déjà vu beaucoup. Son regard perçant a balayer bien des horizons, et de nombreuses années l'ont vu voler dans les cieux... Un vieillard de son espèce, un vénérable chasseur dont la venue vers ce petit humain semble bien saugrenue. Pourquoi répondre à l'appel d'un enfant ? Ressent-il lui aussi cette détresse face à la solitude, s'est-il trouvé égaré face au ciel immense, après toute ces années pourtant ? Y'a t'il en lui une peur semblable, un doute, un instant de faiblesse, de la pitié ?
Un aigle peut-il ressentir la douleur d'un enfant ? Peut-il s'y intéresser ?
Ses serres trouvent une prise sur le poignet tendu. Elles s'y enfoncent, et percent la peau si fine... Quelques gouttes de sang perlent, que tout d'eux sentent couler. Des yeux noirs, plantés dans ceux gris de l'inconscient dont la détresse a attirée l'aigle, prêt à se lier. Alors même qu'il est trop jeune pour comprendre et assumer cette charge, trop jeune pour partager sa vie avec le rapace, Bartholomeï se tend tout entier, aveuglément, et accepte tout.
Un vide en lui, est comblé. Une question trouve sa réponse, fulgurante : il vivra pour lui. Son compagnon de lien.
Un sourire s'épanouit sur ses lèvres, tandis qu'il comprend à peine. Déjà, leurs pensées sont mêlées. Déjà, il lui semble être plus fort, plus sage. Mieux voir les choses, et se sentir, étrangement... Si léger ! Léger et prêt à saisir une bourrasque sous ses plumes, pour s'élever dans le ciel et toiser la plaine. Ne planait-il pas à la recherche d'un rongeur à qui donner la chasse ?
L'enfant se lève, et tend le bras. L'aigle s'envole, dans un glapissement puissant et enivrant.
Grisé, Bartholomeï s'époumone à son tour, offert au ciel dans une sauvage exaltation. Voyant par les yeux de son nouveau frère, de son âme-soeur ; de cette partie de qu'il lui semble retrouver, comme si cette présence avait déjà été là un jour. Il hurle de joie, de fierté, met en garde les proies : il est prêt à fondre sur elles. A vivre comme jamais encore il ne l'a fait.
... Tandis que, si près, on s'horrifie de son bonheur.
Au loin, à l'horizon, la silhouette d'une mère est secouée de sanglots. Elle sait ce que son fils vient de faire, et ce que cela signifie... Elle a comprise, avant lui, ce qui ne tardera pas à arriver. Bartholomeï s'est lié à un aigle trop vieux.
Dans deux ans tout au plus, il rendra son dernier soupir.
Et lui, abandonné, âgé de onze dérisoires années, si vulnérable... Devra faire face. Devra supporter une amputation brutale, horrible et douloureuse, dont même des adultes ne se remettent pas. Il a scellé son sort, risquant la folie. Trop d'ardeur dans son coeur, trop d'impatience. Il a voulut se lier trop tôt, enfant de l'excès souffrant des limites qui l'écorchent et le brident.
En s'offrant une fugace liberté, il vient de sonner le glas de son bonheur... La douleur qu'il a pu ressentir, si puissante à ses yeux, justifiant cette folie scellée en un seul fatal instant...
Cette douleur là, n'aura jamais été qu'un rien quand le frappera celle de la Perte.
Si tôt. Trop tôt.
Bientôt.


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Tu as toujours su que cela t'arriverais.
Voler dans le ciel qui a tant attiré ton regard, ce n'était pas qu'un rêve d'enfant bêtement étouffé. C'était une prémonition de ce qui allait advenir, de ce bonheur ineffable qu'est la Danse des Vents... Tu virevoltes dans les bourrasques, te jouant de leurs tours fourbes. Apprivoisées par tes ailes, elles hurlent et claquent de tout côtés ; les plumes transforment leurs coups en douces caresses qui te portent plus loin encore. Sans autre limite que celle de ta fatigue, tu peux passer tant d'heures que tu le veux sous le ventre des nuages, si près, plus près que tu ne l'as jamais été en tant qu'humain. Leur masse blafarde, gonflée et bosselée, n'attend qu'un frôlement de ton corps pour se déchirer doucement et te couvrir d'une fraîche rosée, volée au ciel lui même avant qu'il ne te l'offre... Grisé, tu te découvres maître en l'immensité azurée de ces cieux sans fins. Jamais tu n'avais connu pareil bonheur que celui d'en parcourir les étendues vides, habitées seulement de vents déchaînés qui hurlent à ton visage, impuissants à te faire tomber. En tant qu'aigle, tu n'as jamais connu la chute... Grises-Ailes t'ouvre les yeux sur une nouvelle réalité, il te semble parfois qu'il n'est venu que pour t'offrir cela, sans rien demander. Étrange sentiment, que de se sentir couvé et aimé comme un oisillon qu'on protège de tout, auquel on transmet son expérience, peu à peu...
Ce lien ne plaît pas à tes parents. Ta mère t'observe souvent avec un regard hanté, ou avec cette horrible expression navrée qui semble te promettre mille tourments, mille punitions, qui ne viendront pourtant pas d'elle... Quant à Selivain, toujours si studieux et obéissant, il t'a pourtant soutenu, et te sourit comme avant, n'ayant en rien changé. Il te l'a chuchoté, la nuit, quand personne ne pouvait entendre :


"Si tu te sens mieux qu'avant, je ne vois que de bien à ce lien... Ce n'est pas grave que tu sois trop jeune, pour que le Lignage trouve cela convenable. Tu as retrouvé le sourire petit frère, et si il fallait transgresser quelque ancestrale règle pour cela, alors tant pis... Ce sourire là, le valait bien."

T'es tu jamais sentit si proche de lui ? De lui et du monde. Tes sens étaient si peu ! Grises-Ailes t'as offert les siens, et tu découvres combien les tiens étaient dérisoires. Ta vue est si perçante, que pleinement de retour à ton corps, tu te sens stupidement aveugle. Quand à la joie que tu as pu éprouvé durant ta vie, elle n'était que peu de choses en prorata de l'exultation de la chasse. Être prédateur, et fondre sur la proie... L'air déchiré accueille ta chute dans un glorieux hurlement. Déjà, en vain, elle tente de te fuir ; ton plongeon est trop rapide. Ouvrir amplement tes ailes, te tendre... Sentir la chair chaude et palpitante entre tes serres, crevée et suintante de sang parfumé, la porter dans l'air, quelques instants, puis se poser. Déplier tes ailes pour en couvrir le corps ; déchiqueter la chair savoureuse, fouiller les entrailles chaudes. Dévorer jusqu'à satiété, sans peur de rien, sans codes, sans attention à quoi que ce soit...
Et redevenir un enfant. Devoir endossé de nouveau des responsabilités, retenir des formules, apprendre des choses. Singulièrement, rien de tout ça ne te gêne plus. Grises-Ailes t'as fais comprendre l'importance de l'apprentissage, de la transmission des connaissances. Aigle ou homme, tu te dois d'en savoir autant que tes ancêtres, puis de chercher plus encore pour que tes petits puissent être instruit par toi de manière plus complète que tu ne le fus par ses propres parents... Tu n'es qu'un maillon d'une chaîne trop vieille pour qu'on en trouve le commencement, et tu te dois de t'assurer que la prochaine boucle sera d'un acier plus résistant que le tien. Les autres, eux, s'en assureront que tu le fasses ou non.
Pour que ta lignée ne s'éteigne pas, tu dois combattre ainsi : en te gorgeant de connaissances. Deviens un esprit vif et instruit, le monde se prosternera devant toi, dévot... Bartholomeï, tu t'offres enfin une chance de faire quelque chose de ton existence. Une année passe, et tu n'a pas fugué. Tu es studieux, polis, riant et si mature tout à coup ! Raisonné, étrangement, par ton compagnon de lien, assagis, te voici devenu comme Selivan, une force tranquille, l'âme en paix. Tu n'as pas perdu cette fougue bestiale de l'enfance, pourtant : quand Grises-Ailes et toi ne faîtes plus qu'un chaque soir, que tu t'offres tout entier à lui, et lui de même, tu redeviens cette petite teigne sauvage, ne cherchant plus que la liberté et le vent à défier. Tes rêves ressuscitent aux lumières de l'aube et du crépuscule. Les cendres s'éveillent, se font de nouvelles braises, et des flammes trop vites éteintes se remettent à danser.
Parfois, le midi, tu laisses Grises-Ailes chasser seul, tandis que tu te sustente toi même ; mais il aime te sentir suivre ses mouvements, l'accompagner dans son vol, et sa piquée, puis alors qu'il se nourrit de chair fraîchement ensanglantée. Tu ne le dérange pas, tu ne réclames pas le fruit de sa chasse, bien qu'il ne te le refuserait pas. Tu es simplement ce compagnon émerveillé, grisé, qui l'emplit de fierté et le fait glapir comme un jeune fanfaron. Avec toi, chaque chasse semble la première. Il aime ressentir cette sensation puissante d'excitation, ce désir frénétique de faire bien. Puis de réussir, et se sentir si jeune tout à coup... Il t'offre la sagesse, tu lui donnes l'innocence, et la fougue. Vous vous comprenez, vous complétez. Le temps s'égrène, et tu ris.
Deux années passent finalement. Lentement, un changement s'opère. Bartholomeï, pourquoi es-tu si pâle ? Où est passé la douce rougeur de tes joues baisées par la brise ? Tu maigris, Bartholomeï, légèrement, tu t'assombris. Ton sourire est comme une fêlure, ligne maladroite sur ton visage encore arrondis par l'enfance. Quelque chose s'est brisé. Tu ne veux pas dire quoi. Mais tout le monde sait.
Grises-Ailes vole moins souvent. Tu l'entoure de tes bras, tu le sers contre toi pour le réchauffer durant l'hiver qui vient. Le visage enfouis dans ses plumes douces et chaudes, qui n'ont pas bravées les bourrasques depuis trop longtemps, tu tentes de rester aveugle, refusant la vérité. Apeuré, tu redeviens capricieux et craintif de l'avenir. Tes rêves restent morts. Tu persistes à t'accrocher à des illusions que tu sais sur le point d'être déchirées ; elles te semblent la seule vérité acceptable, la seule justice de ce monde, voile opaque qui te cache les choses. Désespérément, retenant tes larmes, tu le retiens, refusant son départ.
Puis un jour, un peu plus de deux ans après cette fugue que t'as fais le trouver, tu disparais, une fois de plus. Personne ne va te chercher. Tous savent où tu t'es rendu...
Toi, enfant misérable sur la plaine, tu restes debout, figé. Tes larmes ont tant coulées que tes yeux au supplice, trop secs, ne peuvent plus supporter d'autres caresses que celles de tes paupières. Ta poitrine encore secouée de sanglots arides, tu le tiens à bout de bras. Il réunit ses dernières forces, tremblant, les plumes ébouriffées par une brise printanière. La plaine fleurie est belle, comme une vaste tombe décorée par la nature elle même. Embaumé par ses senteurs obstinées, Grises-Aile a perdu son odeur de mort. Il t'adresse un dernier mot.
<< Vis. >>
Et s'envole, quittant tes mains, comme un pétale éolien de ces roses que tu voyais dans le vent, la première fois que tu es venu ici... Pour lui, tu ouvres les yeux. Le monde est flou, cruellement irritant. Doucement, sa silhouette bafouée par ton regard si faible, incertaine à tes prunelles enflammées de douleur, disparaît, derrière les montagnes... Toujours si royales et si hautes. Hagard, clignant des yeux sans rien ressentir qu'une violente souffrance, tu te laisse repousser. Tu cesses de voir par ses yeux, cesse de sentir son coeur... Le Vif porte encore sa flamme vacillante, mais vous n'êtes plus liés. Il t'a rejeté... Et malgré tout, tu refuses sa décision, courant vers les montagnes, comme pour suivre sa trace impalpable. Tu sais que ce n'est pas raisonnable, et vain. Son Vif faiblit, s'éloigne. Tu hurles, pourchassant à l'aveuglette cette vie qui s'éteint.
En un instant, alors que jamais tu n'aurais cru ressentir de nouveau ce vide, le gouffre s'ouvre en toi. Toujours si près de ton coeur... Frappé, tu tombes. Sans te protéger de tes mains, sans comprendre. Tu tombes, face à face avec la terre, et ton visage s'écrase dans l'herbe capiteuse, tapissée de renoncules, de marguerites, coquelicots, pissenlits... Des ridicules froufrous parfumant l'atmosphère.
Immobile, vide, tu constates que le Vif grouille toujours autour de toi... Mais qu'il n'a plus rien d'attractif ni de beau. Ce que tu y cherchais a disparu.
Grises-Ailes est mort.
Gisant, toi aussi, tu te fais une macabre pantomime.
Seul.
Amputé.
Est-ce cela d'être mort ? Bartholomeï, te relèveras-tu après cette chute ci ? Tu es tombé de tellement plus haut... Tes ailes, comme ton coeur, sont de nouveau brisés.
Au milieu de ces fleurs, tu es comme couché sur une stèle festonnée de mille offrandes mortuaires... La quitteras-tu seulement ?
Ou viendra t'on, sur ton corps, poser une asphodèle ?

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Je n'ai pas compris. Personne n'a compris.
Il est revenu, la nuit, et Grise-Ailes n'était plus dans ses bras, serré contre son torse en une boule de plumes palpitant faiblement. Pourtant, ses yeux étaient secs, son visage serein. Il est rentré, sans un mot, nous déroutant d'un regard doux et résigné. Je crois que chacun a déglutis en le voyant après tout un jour, avec ses yeux gris si tristement dénués de toute flamme de colère ou de révolte. Ce regard là ne ressemblait pas à Bartholomeï... C'était un spectre, pensions nous, qui était revenu. Une coquille vide, rendu creuse pas le chagrin. Avec une placidité morne et lasse, il a simplement dis :

<< Il est partit. >>

Puis, sans autre mots, nous est passé à côté, se gardant de quémander le moindre réconfort. Sélénite, égaré, comme perdu dans ce monde ; avait-il laissé avec Grise-Ailes s'envoler son âme ? Personne n'a su quoi lui dire. Nous avons tous regardés stupidement cette pauvre chose douloureuse, tandis qu'elle se dirigeait d'un pas lent et silencieux vers notre chambre. Mon frère... Dépouillé de lui même par la mort de son compagnon, à peine plus qu'une sorte de pâle image de ce qu'il avait été. Risquais-je aussi, un jour, de paraître si étranger à tous ; étranger à ma propre personne ? La mort a donc cet effet, ce terrible pouvoir, de faire d'un homme un morne fantôme ? Nos parents n'ont rien dis, ne s'échangeant qu'un regard, un de ces regards d'adulte qui vous fait vous sentir à nouveau un enfant, comme si ils pouvaient comprendre... Sûrement. Grand mère a perdu son compagnon, ils ont donc déjà vu quelqu'un errer ainsi à la surface du monde.
Moi, c'était la première fois. Je n'aimais pas ce que je voyais. Bartholomeï... Où était-il passé, mon petit frère ?
Le soir, il n'a pas parlé dans le lit. Je sentais bien qu'il n'était pas endormis. Par le Vif et par l'oreille, je le sentais. Mais il ne disait rien... Seulement immobile et silencieux, flasque au milieu des couvertures, tourné vers le mur dans un ostensible mutisme... Si totalement renfermé que rien ne filtrait de lui. Il était injoignable, retranché en lui même... En deuil. J'ai cru ne jamais m'endormir, paralysé par cet horrible silence, qu'aucune respiration régulière, porteuse du soulagement du repos, ne venait briser. Ni aucun sanglots. Ni aucune parole. Rien. Rien d'autre cette sourde impression de vide qui émanait de lui, cette boule de Vif bouillante mais creuse qui ne voulait rien voir du monde extérieur, qu'il était devenu. Existerions nous jamais à nouveau pour lui ? Je me suis assoupis en retenant mes larmes, angoissé, les tripes nouées. A quatorze ans, je me croyais déjà un homme ; mais le voir ainsi, mon frère, semblable à Tamara lorsqu'elle exécutait ses étranges rituelles avec un air ca